Hortense de Beauharnais

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Feuille de personnage
Désirs: Être moi-même et aimer l'homme que j'aime
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MessageSujet: Hortense de Beauharnais   Mer 18 Aoû - 14:13

Hortense de Beauharnais
Feat._____ Emilie de Ravin


  • 23 printemps. Il serait difficile de lui donner plus tant elle respire la grâce de la jeunesse.

  • Reine de Hollande, princesse française.

  • Mariée à Louis Bonaparte, roi de Hollande, prince français et frère de l’Empereur. Mal mariée, si vous voulez son avis.

  • Née à Paris, elle est une vraie Parisienne, une de ces femmes coquettes, intelligentes et orgueilleuses. Elle en apprécie les Lumières, les artifices et les Arts. Mais ses parents sont de la fine fleur de l’aristocratie martiniquaise, donc française.


« Qu’une danse emporte ma vie »

-Hortense, ma chérie, dépêchez-vous. Nous ne voudrions point rater le bateau.

Avec un dernier regard derrière elle, Hortense regarda la maison que le marquis de Beauharnais, son grand-père possédait à Fontainebleau. Dans une des fenêtres du premier étage, elle vit le visage d’Eugène. Le menton tremblant, elle éleva son visage et salua son frère une dernière fois, alors que sa mère s’impatientait déjà dans le carrosse. Pourquoi devait-elle aller en Martinique déjà? Elle ne s’en souvenait déjà plus, mais Hortense rêvait de ces plages de sables blancs, des énormes plantations et des esclaves qui faisaient toujours la fête. Rose de Beauharnais, sa mère, lui avait tant décrit de fois le magnifique empire dédié au sucre sur lequel elle avait grandi pour endormir sa fille. Maintenant, la fillette allait découvrir ces merveilles et ces plaisirs. Elle en était nerveuse. Son frère lui manquerait beaucoup, mais ce dernier lui avait promis qu’ils seraient tous les deux beaucoup trop occupés pour s’ennuyer l’un de l’autre. Est-ce que la petite s’ennuierait de son père? Elle ne le pensait pas. Il était si souvent absent et d’ailleurs, il ne portait pas grande attention à elle. Avec un soupir, l’enfant se retourna et courut rejoindre sa mère dans la berline qui les amenait jusqu’au port.

Étrangement, lorsque Hortense revint en Europe, elle ressentit son éloignement de la Martinique comme une déchirure. La séparation avait été pénible, cela était possiblement car elle allait vers un enfer. Sa mère l’avait amenée avec elle, car elle ne croyait pas Alexandre de Beauharnais, son mari, capable de s’occuper correctement de leur fille. Après tout, il n’avait passé que si peu de temps avec l’adorable fillette et un soldat, préoccupé par la politique, n’était pas pour jouer aux poupées! Mais alors qu’Hortense courrait pieds nus sur la plage dorée et ensoleillée, une esclave nounou sur les talons, Rose de Beauharnais avait beaucoup à se préoccuper. La situation en France devenait presque catastrophique. La Révolution était bien avancée maintenant et le monde qu’elle avait connu était en train de disparaître. Ses chasses avec le Roi, ses minauderies avec Coigny et Crenay faisaient maintenant de magnifiques souvenirs qu’elle devait oublier au plus vite. Car, Rose avait un don; elle avait la faculté d’être certaine de ses pensées. La splendide Créole savait que ce temps ne reviendrait plus jamais et qu’elle devait en faire son deuil. La hâte poussait le bateau sur lequel elles se trouvaient. Rose serrait sa fille contre elle durant les tempêtes, mais elle ne se doutait guère que Paris serait pire qu’un ouragan. Revenant dans la capitale, Hortense, vieillie de trois ans, se jeta littéralement sur son cher frère, alors que Rose constatait l’absence d’Alexandre. Parti à l’Assemblée constituante, madame, lui répondit le valet, alors qu’il faisait entrer les nombreuses malles des deux voyageuses.
-Viens, Hortense, j’ai des nouveaux jouets! lança Eugène, en tirant sa sœur par la main.

La fillette jeta un coup d’œil à sa mère, qui semblait très faible à cet instant. Mais comme l’enfant qu’elle était, elle n’y porta pas attention et suivit son bien-aimé frère dans la maison.

-Maman!

-Hortense, ma chérie, soyez sage et ne quittez pas votre frère des yeux.

Les belles mains de Rose de Beauharnais serrèrent le visage poupin de sa fille, avant qu’elles ne passent aux épaules de son fils. Rose renifla et leva la tête, retrouvant son air hautain habituel.

-Eugène, soyez un grand garçon. C’est le temps. Veillez sur votre sœur. Protégez-la avec votre vie.

Les deux enfants, émus, se donnèrent immédiatement la main, la serrant plus fort que de rigueur, comme l’exigeait la peur. Ils virent les larmes couler sur le visage de leur mère. Hortense serra les lèvres pour éviter de pleurer à son tour. À ses côtés, elle sentit Eugène s’hérisser.

-Je viendrai vous sauver, maman.

-Non. Eugène, promettez-moi d’être sage. Vous attendrez que je vienne vous chercher. Peut-être pourrez-vous venir me voir en prison.

Le mot frappa Hortense avec douleur. Comment sa mère, si douce, si belle, pouvait être amenée dans un lieu pareil? L’air froid fouetta les jupes des femmes, alors que Rose de Beauharnais montait dans le carrosse. Eugène retint sa sœur qui voulait s’élancer derrière la voiture, dès qu’elle partit. Ces chevaux amenaient sa mère! Elle se mit à pleurer, alors qu’on les faisait monter à leur tour dans une charrette. Ils devaient aller à l’hôtel de Salm, prisonniers d’une certaine manière eux aussi.

Hortense sentit tout le sang-froid et l’énergie d’Eugène lorsqu’il la serra contre lui.

-Je ne t’abandonnerai pas. Sois tranquille, je ne te laisserai pas enlever. Je me ferai soldat : alors on n’osera faire aucun mal à ma sœur, à ma mère, et, pendant que je serai à l’armée et jusqu’à ce que notre mère nous soit rendue, tu iras à la Ferté-Beauharnais.

-Toute seule! Sans toi! Ah! Non, je ne pourrai rester ainsi.

-Eh bien! Tu viendras avec moi : tu n’auras pas peur des coups de fusil?

-Non! Je te le promets!

***

-Bonjour, madame, je viens chercher ma sœur.

-Son nom?

-C’est pour moi, madame Codron, lança Hortense en poussant la vieille femme, qui barrait la route à son frère.

Elle se jeta littéralement sur lui, le prenant par le cou. Ils basculèrent tous les deux dans le gravier qui faisait l’entrée de la pension de madame Campan. Ils entendirent au milieu de leurs rires la sévère surveillante soupirer. Aussitôt qu’ils furent debout, cette dernière ne se priva pas de réprimander la jeune fille.

-Mademoiselle Hortense, vous aurez deux ardoises et demie à copier pour cette attitude non digne d’une demoiselle.

-Bien, madame, fit faiblement Hortense, en baissant la tête, gardant sa main dans celle de son frère.

Pour l’instant, elle s’en moquait éperdument. Tout ce qu’elle souhaitait, c’était de partir pour aller voir leur mère en prison et avoir son frère près d’elle. Peu importait le reste. Elle s’occuperait de sa copie, ce soir. Traversant les jardins avec son frère, Hortense se délecta du faible soleil qui luisait entre les arbres, mais, en ce moment, on aurait pu lui offrir la Martinique de son enfance, qu’elle n’en aurait pas voulu; Eugène était près d’elle. Jetant un regard du côté de son grand frère, elle lui trouva l’air fatigué, mais elle se préoccupa davantage de sa coupure à la main gauche. S’arrêtant dans leur marche, avec sa délicatesse habituelle, la fillette interrogea Eugène du regard.

-T’inquiètes, ce n’est rien. Je m’en fais quelques-unes par semaine, de coupures!

Hortense se mordit les lèvres. Elle était jeune, ayant à peine atteint la dizaine, mais les épreuves l’avaient rendue mature et son front portait en perpétuité des marques de sévérité. Avec un sourire contrit, elle observa ses propres mains, rougies et piquées. Pour faire peuple, leur mère les avait placés respectivement chez un menuisier et une couturière, une manière comme une autre de leur éviter les problèmes de la Révolution, comme des dizaines d’enfants nobles, comme tout le monde qui voulait fuir les ennuis.

-On passera chez l’apothicaire après. On prendra du baume, tu ne peux pas travailler comme ça.

-Stanzie, arrête. Tu ne fais que m’embêter. Dis-moi avec quel argent on l’achèterait, ce baume?

Les yeux trop grands d’Hortense se fixèrent sur son frère; elle était surprise qu’il agisse ainsi avec elle. Elle, qui était si heureuse de le voir. Comment pouvait-il oser lui parler sur ce ton? Comme si elle n’avait pas d’ennuis, elle non plus! La fillette releva fièrement la tête.

-Eh bien! Nous nous retrouverons chez maman, alors!

Et elle se mit à courir. Derrière elle, le bruit des pas d’Eugène, mais elle n’avait pas l’intention de s’arrêter. Elle n’aimait guère l’endroit où on l’avait placé, elle non plus. Mais elle était de plus heureuse nature que son frère, s’accommodant de tout à la perfection sans rechigner. Pourtant, pour rester ainsi en équilibre, pour éviter de tomber dans le vide, il ne lui restait que son frère. La dernière fois qu’elle avait vu ses parents, c’était d’une fenêtre, dont on pouvait apercevoir le couple Beauharnais. Mais sous la joie, Hortense avait crié, une vigile les avait remarqués… Elle ne les avait pas revus depuis. Sa mère, sa si belle et délicieuse mère, était en prison. Hortense n’aimant pas dire ce mot, elle s’imaginait toujours que sa mère était l’otage de quelque méchant roi qui, s’étant épris d’elle, l’enfermait dans son château. Et ce château, c’était la prison de Carmes. Son père était mort. Guillotiné. Eugène avait vu la scène. Il était resté toute la nuit dans le lit de sa sœur à sangloter, à hurler quand il s’endormait. Les patronnes avaient autorisé Eugène à rester, mais seulement pour une nuit. Après tout, il y avait beaucoup trop de jeunes filles dans l’atelier et ce garçon était beaucoup trop joli. Durant toute cette nuit, Hortense était restée avec son frère, elle lui avait bassiné les tempes d’eau de lavande, elle l’avait pris dans ses petits bras, elle avait pleuré avec lui, elle avait tout ce qu’elle pouvait faire pour réconforter son frère de la perte de son père, qui était également le sien. Mais la fillette devait s’avouer que si elle pleurait, c’était par la souffrance d’Eugène et non à cause de son père.

Arrivée à la prison, elle était essoufflée et n’arrivait pas à reprendre sa respiration normale. C’est à ce moment qu’Eugène la rejoignit, sans trop peiner. Il poussa un peu sa sœur. C’était sa façon de s’excuser. Il ne fallait pas lui en tenir rigueur. Il reprit la main de sa petite sœur et ils entrèrent dans la prison. La grosse dame de l’entrée les reconnut et sourit. Sortant de son guichet, elle s’approcha d’eux.

-J’ai une belle surprise pour vous, les gamins.

Les deux enfants levèrent leurs regards et virent leur mère, amaigrie et terne au bout du couloir. Aussitôt, ils coururent vers elle, Hortense se jeta dans ses bras. Rose de Beauharnais serra ses enfants contre elle, embrassant Eugène, câlinant sa fille. De ses lèvres pâles, des mots se répétaient.

-Je suis libre. Je suis libre. Rentrons, les enfants. Je suis libre.

Hortense jouait dans ses boucles, alors qu’Adèle Auguié regardait sa meilleure amie avec une admiration peu commune. Adèle surprenait Hortense, car elle avait un caractère encore plus angélique que le sien. Et pour cette raison, la demoiselle Beauharnais se servait d’elle comme dépositaire de ses pensées. Après avoir remis sa brosse de crin sur la coiffeuse, Hortense se retourna vers son amie.

« Je serai heureuse. Je veux me préparer d’avance à tous les événements. La vertu sera ma première passion, et avec elle, on peut tout souffrir. Je veux être aimée du mari que le sort me destine. Je veux former mon caractère et le rendre capable de supporter tous les défauts qu’un homme peut avoir. S’il est léger, je le ramènerai; s’il est jaloux, je lui sacrifierai mes moindres plaisirs, et je le guérirai. »

-Mademoiselle Hortense, votre frère! Descendez immédiatement.

C’était la voix de madame Nicet, l’implacable gouvernante. Déjà on entendait les souliers des pensionnaires courir sur le parquet de bois pour gagner la fenêtre. Hortense embrassa son amie et descendit en courant.

-Mademoiselle Hortense, votre bonnet. Replacez votre bonnet.

La demoiselle acquiesça et pria pour qu’on la déclare prête à sortir. Par la fenêtre du vestibule, elle voyait déjà son frère donner des coups de pieds dans les cailloux de l’entrée. Elle gigotait nerveusement, tant elle était heureuse de le revoir. Elle appliqua un doux sourire sur son visage et s’inclina dans une gracieuse révérence. Madame Campan, l’ancienne femme de chambre de Marie-Antoinette, vint près d’elle, en lui souriant. Hortense ouvrit ses yeux encore plus grands. Il était bien rare que la directrice de l’établissement se mêle véritablement de l’éducation de ses élèves. La femme, d’un geste tendre, replaça une des boucles blondes d’Hortense dans son bonnet.

-Laissez, madame Nicet, dit seulement madame Campan, avant de s’incliner devant son élève.

Hortense baissa la tête, intimidée, et regarda les affreux souliers bruns de l’établissement, alors que ses joues rougissaient.

-Mademoiselle Hortense, pouvez-vous demander à monsieur votre frère de nous envoyer une lettre, nous avertissant de la date et l’heure qu’il prévoit venir vous chercher? Et ainsi qu’il reste derrière la grille.

Hortense releva vivement la tête. Elle s’attendait à ce qu’on lui fasse des reproches concernant ses mauvaises notes en sciences ou en mathématiques. Madame Campan souriait déjà à son élève.

-Car, il se trouve, mademoiselle, que vos jeunes compagnes observent votre frère chaque semaine des fenêtres de l’étage supérieur. Et mademoiselle Églantine s’est encore évanouie.

Un sourire prit les lèvres d’Hortense, qui fit une timide révérence en signe de compréhension. On lui ouvrit la porte et elle marcha rapidement vers son frère, qui courait vers elle. Durant les quelques mètres qui les séparaient, Hortense regarda son frère et comprit l’emballement de ses amies devant l’adolescent qu’était Eugène. Elle lui tendit la main et le tira vers la sortie de l’école.

-Eh bien, monsieur, vous en attirez des jeunes filles, ricana Hortense, qui se relâcha dès que les grilles se furent refermées.

-De quoi tu parles, Stanzie?

Le visage de son frère se retournait vers elle. Alors qu’ils traversaient la grande place, elle resserra la prise de sa main sur la sienne, se délectant de ce contact retrouvé.

-Déjà que tu es la proie de mademoiselle Catherine, madame Campan vient de m’annoncer que tu viens de faire évanouir Églantine et qu’à chaque fois que tu viens me chercher, on se bouscule pour te voir à la fenêtre.

Hortense vit le visage de son frère devenir rouge. Elle lui donna un coup d’épaule avant de lui tirer la langue. Voyant son malaise, elle changea de sujet de conversation.

-Pourquoi maman a tenu que nous venions la voir un jeudi? Ce n’est guère dans ses habitudes.

La jeune fille devait bien s’avouer que sa mère ne se précipitait pas pour les faire venir à chaque fois qu’elle avait une occasion. Eugène et Hortense étaient bien au courant des relations sulfureuses de leur mère. Elle était l’amante d’un des directeurs, Barras. Elle était une des reines du Directoire. Elle devait être plus qu’occupée. S’occuper de ses enfants serait donc une tâche de trop dans une journée de Marie-Josèphe, veuve Beauharnais. Entre Eugène, au Collège irlandais McDermott et Hortense, en pension, chez madame Campan, la belle citoyenne pouvait se préoccuper de jeux d’amour et de cartes. Mais aujourd’hui, elle leur avait demandé de venir, ce qui ne lui ressemblait guère. Même si elle portait un grand amour à ses enfants, elle portait un amour encore plus grand à sa propre personne.

Hortense vit bien que les mots sortaient difficilement de la bouche d’Eugène, comme s’il cherchait à lui annoncer une mauvaise nouvelle. Elle l’encouragea, alors qu’ils entraient dans la rue de l’hôtel particulier de leur mère.

-Elle souhaite nous présenter quelqu’un, dit-il simplement, en ouvrant la barrière fleurie qui gardait leur demeure.

Eugène laissa passer sa sœur, qui leva sa robe blanche pour éviter de la tacher dans la boue du jardin. Aussitôt qu’ils purent voir le petit hôtel, la voix enthousiaste de leur mère retentit. Marie-Josèphe avait la moitié du corps sorti par la fenêtre du salon et faisait de grands gestes.

-Eugène, Hortense! Approchez vite, approchez vite. Allez, dépêchez-vous, j’ai quelqu’un à vous présenter.

Hortense jeta un regard moqueur vers son frère, qui soupirait déjà, en haussant les épaules. Obéissante, la jeune fille se mit à courir vers la porte, alors qu’Eugène traînait des pieds derrière elle. En ôtant son fichu bonnet, Hortense remarqua la façon dont son frère jeta ses bottes sur le parquet de l’entrée. Dès que la porte de l’entrée fut refermée, leur mère débarqua en sautillant dans le vestibule. Elle n’embrassa aucunement ses enfants, se contentant de rectifier leur allure.

-Hortense chérie, ne portez plus ses hideux bonnets, ils défont toutes vos boucles. Eugène, mon grand, pourquoi ne portez-vous pas vos étoiles de mérite du Collège?

-Parce qu’elles sont affreuses! lança le jeune homme, d’un ton colérique.

-Eugène! s’écria Marie-Josèphe, en frottant l’uniforme de son fils pour en enlever la mousse. Allez, allez, dépêchez-vous.

-Ah, maman, calmez-vous. Il ne va pas s’envoler.

Marie-Josèphe assena une claque derrière la tête de son aîné, ce qui fit ricaner Hortense. Pour récompense, elle obtint elle aussi une claque, qui fit bondir sa tête vers l’avant. C’est donc avec des moues de frustration que les deux Beauharnais firent leur entrée au salon.

-Ce soir, Hortense, tu m’accompagneras au Luxembourg. Nous dînerons chez Barras.

-Comment, ma mère? Vous voyez ces gens-là? Vous oubliez les malheurs de notre famille?

-Ma fille, tu ne songes pas que, depuis la mort de ton père, je n’ai été occupée qu’à réclamer le reste de sa fortune, qu’on croyait perdue pour vous? Ne dois-je pas de la reconnaissance à ceux qui m’ont aidée et protégée?
Hortense ressentit sa faute et elle rencontra le soir même le général Bonaparte, qui parlait avec une agitation peu commune et des accents méridionaux cassants, comme s’il donnait des ordres aux gens autour de la table. La jeune fille fut à même de remarquer combien il semblait préoccupé par sa mère. Mais ce qu’elle put également découvrir, c’est l’application dont il faisait preuve lorsqu’il était question de dénigrer les femmes. Évidemment, sa mère maintenant appelée Joséphine, ne trouvait pas manière à défendre son sexe. Au contraire, Hortense s’en offusqua, ce qui lui attirerait toujours des moqueries de la part du général.

Mais bientôt une dure nouvelle tomba sur la jeune fille. Madame Campan lui apprit que sa chère mère allait unir son sort à celui de ce militaire corse. Aux larmes et aux cris d’Hortense, la bonne dame ne put que répondre des arguments pleins de bons sens.

-Il vient d’une famille honorable de Corse et n’a pas trempé dans les horreurs de la Révolution. Au contraire, ma douce, il en a plutôt été victime.

-Je m’en moque! Je le déteste! Il me prend ma mère!

Et chaque jour, depuis que le mariage civil avait été célébré, Hortense se morfondait avec sa cousine Émilie que l’on avait mise en pension avec elle. Elle souhaitait que son cher Eugène fût près d’elle. Mais il était un militaire et parcourait l’Europe. Probablement qu’il ne pensait même pas à elle. Et chaque jour, depuis le début de la campagne d’Italie, Paris entier retentissait des victoires de son nouveau héros, le beau-père d’Hortense. Madame Campan voulait en faire la lecture à sa protégée, afin qu’elle apprît à aimer celui qui la traitait comme une fille.

-Savez-vous que votre mère vient d’unir son sort à celui d’un homme extraordinaire? Quels talents, quelle valeur! À chaque instant, de nouvelles conquêtes!

-Madame, lui répondit Hortense, le visage hautain, les yeux fixes de colère, je lui laisse ses conquêtes. Mais je ne lui pardonnerai jamais celle de ma mère!

Le brillant mot d’esprit de la demoiselle allait passer à la postérité. Dès le lendemain, le Tout-Paris était déjà au courant. Hortense, quant à elle, soupirait… Elle qui souhaitait tant vivre une vie retirée et solitaire, voilà qu’on parlait d’elle dans les journaux. Saint-Germain tout entier lui prêtait des opinions politiques qu’elle ne possédait même pas! Mais dans cette tempête, dans cette montée vers la gloire, une seule chose comptait pour Hortense et c’était les visites d’Eugène chaque dimanche durant deux heures. Avec impatience, chaque semaine, la jeune femme attendait ce moment qu’elle passerait en compagnie de son frère chéri. Avec lui, elle semblait retrouver la légèreté dont elle faisait preuve avant que Bonaparte entre dans sa vie. Mais évidemment, ce général lui enleva ce plaisir en appelant Eugène à ses côtés comme aide-de-camp en Italie. Hortense ne put que supplier son frère de ne pas partir.

-Je te défends de partir! Tu m’abandonnes! Le sais-tu seulement? Tu abandonnes ta sœur seule dans Paris! Traître!

De ses petits poings, Hortense frappait le torse galonné de son frère, qui ne tentait même pas de la retenir. Il attendait que cessent les larmes et les coups, il attendait qu’Hortense redevienne aussi soumise qu’à l’habitude.

-Je reviendrai vite, je te le promets!
-Et si tu meurs, hein? Si tu meurs, qui prendra soin de moi? Maman? Maman qui, depuis son mariage n’en a plus que pour son avancement? Bonaparte? Eugène, il n’y a toi que j’aime et qui m’aimes!

-Stanzie, sois raisonnable! Tu as des amies… Peut-être même un galant dont tu as négligé de me parler?

Immédiatement, Hortense se recula et regarda son frère comme s’il était un démon venu sur terre. Ses grands yeux bleus, rendus secs par la colère, se fixaient avec terreur sur celui qui avait osé prononcer ces mots.

-Eugène! Comment peux-tu? Tu sais que tu seras toujours le seul homme dans ma vie…

Les larmes se remirent à couler sur les joues roses de la jeune femme. À cet instant, elle ignorait que c’était faux. Mais excepté ce mari parfait dont elle avait créé l’existence, il n’y avait qu’Eugène pour elle. L’amour qui les unissait allait au-delà de la fraternité. Ils avaient une âme commune, qui se rejoignait toujours dans son milieu. Mais à cet instant, Hortense ne reconnut pas son frère et ne comprit pas comment il pouvait se méprendre sur elle à ce point. Elle se mit rapidement en colère face à ce qu’elle considérait comme un affront.

-Pars maintenant! Je ne veux plus te voir!

Les longs doigts fins de la jeune femme prirent un bibelot en biscuit sur la desserte et le lancèrent sur le jeune militaire qui esquiva de justesse. Connaissant bien les éclats romantiques et mélancoliques de sa mère et de sa sœur, Eugène n’osa pas insister et partit en jetant sur Stanzie, en larmes, un sourire désolé.

Mais ce ne fut que quelque temps plus tard qu’Hortense crut connaître les premiers sentiments amoureux. Madame Campan avait organisé une partie de thé à Versailles, chez une de ses tentes. Un soir, Hortense était assise dans un fauteuil et jouait de ses doigts aristocratiques sur les motifs dorés de sa tasse, d’un air distrait. Elle pensait à un ailleurs, à un endroit qui serait plus beau que la France. Peut-être la Martinique de son enfance… Néanmoins, elle avait les yeux dans le vague, la tête légèrement rejetée vers l’arrière, ce qui dénuait sa gorge, qu’elle avait d’ailleurs fort jolie. Un jeune poète, invité à la soirée, ne manqua pas de remarquer que cette jeune femme avait tout d’une nymphe mélancolique. Il s’approcha de la belle demoiselle et lui déclama quelques vers, dont elle ne s’émut que peu. Il faut dire que le poète avait une figure beaucoup trop ronde et grêlée. Presque offusquée de cet hommage pourtant charmant, Hortense ne porta que peu d’attention à ce personnage qu’elle jugeait prétentieux et préféra rêver devant un militaire aux cheveux roux qui devait ressembler à La Fayette dans sa jeunesse.

Mais quel ne fut pas son chagrin de voir cet événement relaté dans les journaux le lendemain. Alors que les larmes de la jeune femme lui brouillaient la vue, Madame Campan riait.

-Comment, Madame? Ce garçon n’est qu’un flatteur qui veut faire sa cour à mon beau-père et qui me fait un mal affreux. Pour qu’une femme soit heureuse, il faut qu’elle soit ignorée, et voilà mon nom dans un journal! Tout le monde va s’occuper de moi! Je serai connue, donc je serai malheureuse!

Alors qu’Hortense recommençait à pleurer comme si ce poète, qu’elle considérait maintenant comme un vilain poltron, lui avait arraché le cœur, Madame Campan considérait la page de journal chiffonnée avec un air étonné. Effectivement, qui aurait cru qu’un nom imprimé en petits caractères dans la chronique mondaine affecterait tant une jeune femme dont la mère était certainement la dame la plus frivole de Paris.

-Oui, vous serez connue. Votre destinée le veut peut-être ainsi. Souvenez-vous de ne jamais rien faire de mal, car tout se sait dans le monde. Plus la position est élevée, plus les actions sont jugées sévèrement. Résignez-vous donc au sort qui vous attend. Il sera heureux, n’en doutez pas, car vous serez vertueuse et satisfaite de vous.

Puisque Hortense n’aimait pas aller dans le monde, elle passait beaucoup de ses soirées chez son grand-père à Fontainebleau avec sa cousine Émilie et les demoiselles Auguié. Ces moments passaient pour très heureux aux yeux de la jeune femme. Jusqu’à ce que Louis Bonaparte, le frère de son père adoptif, s’introduise dans cette joyeuse société. Hortense sentait son regard se fixer sur elle la plupart du temps.

Un soir, Émilie la prit à part, en la tirant dans un couloir obscur. Lorsqu’elle relâcha le bras de la pauvre Hortense, cette dernière remarqua les yeux foudroyants de sa cousine. Soudainement, elle eut peur. Craintive, elle osa une parole.

-Émilie, qui y a-t-il? Tu es toute pâle!

-Pourquoi tu ne m’as rien dit?

-Rien dit de quoi? Enfin, Émilie, de quoi parles-tu?

-Louis et toi! Il est manifeste qu’il est ton amant…

La main d’Hortense partit comme un éclair. La pauvre Émilie, qui n’avait pas eu le temps de la prévoir, la reçut sur sa joue, qui devint immédiatement rouge. Les yeux de la jeune femme se bordèrent de larmes, qui se mirent à couler, rendant la brûlure de la gifle plus douloureuse.

-Émilie, comment oses-tu? Tu me connais pourtant. Tu sais que ces légèretés ne sont pas mon genre. Et d’ailleurs, il n’en a que pour toi, Louis! Tu n’as donc pas remarqué?

Ce mensonge sortit de la bouche d’Hortense aussi rapidement que la gifle quelques instants auparavant. Elle n’avait aucune idée pourquoi elle avait dit cette phrase, mais elle se plaisait presque à y croire. Maintenant, à chaque fois que Louis regardait vers elle, Hortense se répétait qu’il regardait Émilie qui était à ses côtés.

Une soirée, Louis Bonaparte vint avec sa jeune sœur Caroline. Puisque la nouvelle arrivante avait le même âge que la demoiselle Beauharnais, Napoléon s’était dit que les deux jeunes femmes seraient certainement très bonnes amies. Mais ce fut justement la faute du général si sa sœur et sa belle-fille ne s’entendirent pas.

-Caroline, prenez exemple sur Hortense. J’en ai assez de votre comportement outrageant. Basta!

-Tu es impossible! Je suis cent fois supérieure à la fille de ta Vielle!

Hortense posa son pinceau et retourna son doux visage vers celle qui venait ainsi de la calomnier. Jamais ne lui serait venu à l’idée de s’opposer à ce jugement, mais elle était surprise. Habituellement, les critiques aussi vives n’étaient pas prononcées devant la concernée. Une goutte de peinture turquoise tomba sur le tapis. Fâché de la désobéissance de sa sœur, le général se leva vivement et s’approcha de l’aquarelle que peignait Hortense.

-Oui? Cent fois supérieure? Et bien vas-y, Caroline, fais-moi une toile cent fois supérieure à cette marine!

Caroline tourna vivement son corps et se croisa les bras, faisant dos à son frère et celle qu’elle considérait comme sa rivale. Ses boucles brunes rebondirent contre son cou.

-Je m’en moque! Je n’irai pas à Saint-Germain! Ce n’est qu’un cloître!

Ce fut au tour d’Hortense de s’opposer. Si elle pouvait permettre qu’on la critique, elle ne supportait pas qu’on insulte ce qu’elle considérait comme sa maison. Avec un doux sourire, elle se leva, posant son pinceau et sa palette. Mais ce qu’elle devait avouer à elle-même, c’est qu’une partie de sa colère était due à l’idée de voir son paradis de Saint-Germain occupé par cette chipie!

-Rien n’est plus heureux que Saint-Germain, Caroline. Vous vous y plairez beaucoup. On mène une vie occupée et gratifiante. Ils valent bien ceux de Paris.

-C’est facile à dire pour vous, ma chère, rectifia-t-elle d’un ton ironique, vous ne connaissez guère le monde. Mais si vous y étiez habituée comme moi, vous verriez qu’il n’est pas facile de se retirer ainsi dans un monde perdu.

Ces derniers mots se brisèrent et elle se mit à pleurer. Hortense roula des yeux et se rassit, reprenant sa palette avec un soupir d’irritation. Si le général supportait bien les larmes de Joséphine et qu’elles l’attendrissaient, il en était tout autre des larmes de Caroline. Cette dernière fut bien obligée d’obtempérer et d’accompagner cette jeune femme qu’on disait parfaite jusqu’à Saint-Germain. Hortense expliquait ses mauvaises notes au fait qu’elle voyageait beaucoup, elle tentait d’apprécier ses bons côtés, de toujours être charmante avec elle et même de retoucher ses dessins pour qu’elle gagne un prix. En vain! Jamais Hortense ne parvint à se faire aimer de Caroline, qui ne pensait qu’aux plaisirs de Paris et à ce qu’elle avait laissé derrière.

Alors que l’expédition d’Égypte se préparait, on organisait un mariage. Celui d’Émilie et du comte de Lavalette. Lors d’un dîner au pensionnat où le général venait l’annoncer à la fiancée, il remarqua une jeune fille à part, mangeant sur le bout d’une table en solitaire. Bonaparte avait un cœur excellent lorsqu’il s’agissait de jeunes filles et demanda à sa belle-fille ce que faisait cette jolie demoiselle ainsi à l’écart.

-C’est Zoé Talon. Elle est en punition. Ce qui est bien rare ici. Mais je dois vous avouer que j’ignore ce qu’elle a fait pour mériter un tel traitement.

En effet, se montrer ainsi au vainqueur de l’Italie ne devait pas être très gratifiant.

Évidemment, touché, Bonaparte fit cesser la punition et mademoiselle Talon vint prendre la place d’Hortense au côté du général. Ce n’est qu’avec mauvaise grâce que la mademoiselle de Beauharnais obéit. Mais le dîner prit bientôt fin et Hortense put s’éloigner de la mauvaise présence de Zoé Talon. Heureusement, Joséphine, Bonaparte, Émilie, Caroline et Hortense s’exilèrent dans la forêt quelque temps. Justement pour annoncer l’heureuse nouvelle à la fiancée. Avec un goûter sur l’herbe, Émilie accepta avec grâce de devenir comtesse de Lavalette. Le mariage fut prévu pour huit jours plus tard.

Caroline et Hortense, qui assistèrent à la cérémonie, trouvèrent la mariée bien triste. C’est pourquoi Hortense la prit à part, comme celle-ci l’avait fait un soir à Fontainebleau. Elle commençait à soupçonner que ce mariage ne lui convenait pas du tout, malgré son abnégation. Avec tendresse, Hortense finit par obtenir l’aveu de sa cousine.

-Je ne l’aime pas, Hortense! J’en aime un autre. Louis.

-Attends, Émilie! Tu es en train de me dire que tu es éprise de Louis Bonaparte?

-Oui, fit-elle faiblement avant de se mettre à pleurer.

À cet instant, alors que la mariée tentait de cacher son visage rouge de pleurs avec son voile, Hortense comprit la raison de l’attaque qu’elle avait subie. Émilie n’était pas fâchée que sa cousine ait une supposée aventure sans lui en avoir parlé, mais parce qu’elle aimait Louis. La jeune femme regardait sa cousine aussi affligée que surprise. Si elle l’avait su plus tôt, elle était certaine qu’elle aurait pu faire céder sa mère ou le général. Mais maintenant, il était trop tard, malheureusement. À cet instant, Hortense ne savait pas encore combien elle le regretterait…

Caroline, qui rédigeait sa correspondance, et Hortense, qui composait une nouvelle mélodie, furent renvoyées le 16 brumaire à Saint-Germain par Bonaparte en toute urgence.

-Mais qu’est-ce que cette nouvelle folie?

-J’ai ordre de ne rien vous dire, mademoiselle Bonaparte.

-Hortense, vous savez de quoi il s’agit? s’écria Caroline, en tentant de résister aux gardes.

-Je n’en ai pas la moindre idée, laissa échapper la jeune femme, légèrement paniquée.

-Laissez-moi tranquille! Je suis capable de marcher seule! hurlait la sœur du général en frappant de ses poings les gardes qui les menaient jusqu’à une berline sans armes.

Arrivées à Saint-Germain, on exila les deux demoiselles dans une aile sombre que l’on utilisait rarement. On les mettait dans l’ombre et dans le silence. Ces deux jeunes filles unies par une inimitié orgueilleuse se retrouvèrent obligées de passer les jours qui venaient avec cette rivale pour compagnie. Leurs liens se renforcèrent probablement, si ce n’était du général Murat qui leur expédia dans la nuit du 19 brumaire une escorte chargée de leur apprendre ce qui s’était passé à Saint-Cloud. La nomination de Bonaparte au Consulat troubla davantage Hortense que Caroline, cette dernière s’extasia sur les bons sentiments de chevalier servant de son Murat. Cet exil avait été fomenté pour que si le coup d’État échoue, Caroline et Hortense puissent avouer qu’elles n’avaient pas été mises au courant de ce qui se tramait.
Justement, Murat et Caroline étaient sur le point de se marier, ce qui ne plut pas du tout au premier Consul. Il faut avouer que les mariages qu’il considérait comme dignes étaient peu nombreux dans la famille Bonaparte. Lucien avait marié une obscure Christine Boyer qui lui avait donné quatre filles, Élisa avait préféré au général Berthier un jeune Corse et Pauline avait épousé le général Leclerc.

Alors qu’il tempêtait contre la relation de Caroline et de Murat, il se retourna vers Hortense qui brodait tranquillement. Son regard surprit la jeune femme, qui piqua son doigt par inadvertance.

-J’espère, au moins, que vous vous laisserez marier.

Hortense cligna rapidement des yeux et regarda son beau-père comme s’il venait de la condamner à mort. De plus, lorsqu’elle vit la joie qui régnait au mariage des deux tourtereaux et qu’elle la compara à l’ambiance du mariage d’Émilie, Hortense sentit sa volonté vaciller. Un mariage d’amour était si beau, si magnifique. Le seul bonheur qu’une femme puisse espérer est l’amour dans le mariage, mais est-il complet lorsqu’il désobéit aux parents? Est-ce qu’Hortense serait capable d’aller contre la volonté de sa mère? D’un autre côté, se laisser conduire en aveugle, se soumettre par obéissance, se donner sans aimer, sans se faire aimer semblait aux yeux de la jeune romantique un sacrifice bien trop lourd pour qu’elle puisse y parvenir. Tout ce qu’elle espérait donc, c’était qu’on lui destine un homme qu’elle puisse aimer.

Bientôt, sur la décision du premier Consul, il fallut s’installer aux Tuileries. Pour Hortense, ce déménagement ne lui causait que de l’ennui. Au fastueux luxe des Tuileries, elle aurait préféré la campagne. C’est pourquoi Malmaison lui paraissait le paradis. La jeune femme se délectait des longues promenades dans les jardins, mais maintenant que des dizaines de militaires peuplaient les ombres des arbres, cela n’était plus convenable. Le parc était presque un endroit interdit… qu’elle se mit bien rapidement à regretter.

Les contacts entre la famille Bonaparte et Beauharnais étaient de plus en plus fréquents, ainsi que les visites de Louis à Hortense. Pour la jeune femme, ce personnage ne lui inspirait que de la crainte, notamment à cause de sa conduite envers Émilie. L’espèce de parenté qui les unissait donnait la chance à la demoiselle de Beauharnais de se permettre quelques épigrammes. D’ailleurs, jamais il ne lui serait venu à l’idée qu’il puisse avoir la moindre affection à son égard. Cela changea lorsqu’il vint lui dire adieu pour partir pour la Prusse.

-Chère Hortense, me permettez-vous de vous embrasser? Je chérirai ce baiser comme un talisman durant tout le temps qui m’éloignera de vous.

Les grands yeux bleus de la demoiselle s’ouvrirent davantage. Elle ne comprenait pas ce que Louis venait de lui dire. Elle le considérait comme un membre de sa famille, un cousin, un frère à la limite et voilà qu’il demandait de l’embrasser. Les hautes pommettes d’Hortense rougirent, alors qu’elle ferma les yeux en signe d’acceptation. Louis approcha son visage et l’embrassa avec tant d’émotion que la jeune femme en resta surprise. Elle ignorait qu’il puisse la chérir d’une façon aussi forte. D’ailleurs aussitôt ses lèvres retirées de la peau rosie d’Hortense, il se précipita vers la sortie avec une hâte qui ne lui donna que peu d’hésitation sur l’état que pouvait avoir le cœur de Louis.

Bien vite, la santé de Joséphine l’obligea à aller prendre les bains à Plombières. On fêta beaucoup et dans cette atmosphère joyeuse, quelques prétendants se jetaient aux pieds d’Hortense, en s’en prétendant follement amoureux. Mais pour la jeune femme, il n’y avait aucun doute possible; ce qui intéressait ces militaires était son beau-père plus qu’elle-même. Fort heureusement, aucun n’était assez élevé pour oser prétendre à la main de la demoiselle, assez contente qu’on ne lui parle pas de mariage.

Pourtant, aussitôt de retour à Paris, le sujet revint sur le tapis. Alors qu’elle se rendait aux appartements de Caroline, Hortense entendit à travers la porte la voix impérieuse de son beau-père. Malgré la gêne qu’elle ressentit à faire une pareille chose, elle tendit l’oreille.

-Le seul parti sortable est Louis. Avouons-le, nous n’aurons peut-être pas d’enfants. J’ai élevé Louis et je le regarde comme mon fils. Ta fille est ce que tu chéris le plus au monde. Leurs enfants seront comme les nôtres. Nous les adopterons et cette adoption nous consolera de ne pas en avoir.

Elle partit se réfugier en pleurant dans sa chambre, oubliant le thé chez Caroline. Somme toute, Hortense savait bien que ce moment arriverait et que Louis était celui qu’on lui avait toujours destiné. Dès le lendemain, Bourrienne lui demanda une audience. Il lui exposa tous les bons points d’un mariage avec Louis. Ce qui eut beaucoup d’importance pour la jeune femme était qu’elle resterait en France et avec sa mère. D'ailleurs, que Joséphine souhaitât ce projet était bien assez suffisant pour le faire accepter d’Hortense. Madame Campan la conforta dans cette idée.

-Louis me paraît bon, humain, mais je n’aime pas ce mépris qu’il affecte pour les femmes et qui m’a souvent choquée dans ses discours. Celle qu’il épouserait n’en souffrira-t-elle pas?

-Mon cher ange, répondit Madame Campan en posant son bras sur celui de sa protégée, les jeunes gens élevés dans les camps connaissent peu les femmes estimables. Il est tout simple qu’ils aient mauvaise opinion de notre sexe, mais personne n’est plus propre que vous à la détruire. Il sentira mieux le prix d’une épouse vertueuse puisqu’il les croit si rares, et vous jouirez d’une conversation qui sera votre ouvrage.

Hortense avait une grande vanité et cette dernière la persuada de la vérité de cette idée. Dès lors, la jeune femme se pensait si apte à détruire l’opinion que Louis avait des femmes qu’elle n’y pensa plus. D’ailleurs, quelques jours plus tard, leur union fut décidée. La joie se manifestait beaucoup aux Tuileries, les militaires, qui avaient cru que leur bonne amie partirait prendre mari au loin, se réjouissaient qu’elle reste près d’eux. En effet, on destinait Hortense à l’archiduc Charles ou au duc de Cumberland. Lucien Bonaparte avait même voulu sa main et puisque Napoléon avait décidé de refuser, le cadet passa son temps à tenter de dissuader Louis de cette union.

Bientôt Hortense reçut une lettre de Louis décrivant sa vie en détail et lui avouant qu’il redoutait une épouse telle qu’elle, trop habituée à la splendeur et au luxe. Elle lui répondit qu’il se trompait. Louis lui dit qu’elle devait être un ange pour ne pas s’être gâtée sous la gloire. Hortense sourit et remercia.

Et ils furent mariés. La nuit de noces fut un désastre pour les deux mariés. Hortense resta quelques heures à pleurer seule dans son lit. Elle ne comprenait pas pourquoi elle n’était pas heureuse. Elle aurait dû être comblée, au paroxysme du bonheur, mais la jeune femme ne faisait que pleurer. Sur son malheur, sur ce mariage dont elle espérait tant, sur la perfection qu’elle n’avait pas trouvée… Elle se souvenait des plaisanteries de Madame Campan.

« Les premiers jours d’une union sont toujours purs et sereins. Pendant un mois entier, le mari, tout soins, toute galanterie, ne connaît pas l’humeur. Bientôt un nuage s’élève et c’est toujours pour une toilette. On doit sortir. Monsieur, déjà prêt, remarque qu’il attend longtemps, ose le dire vivement. Madame s’étonne. Elle est émue. Elle va pleurer. On l’embrasse, on la rassure, mais la scène recommence le lendemain. On ne console plus et la lune de miel est passée. »

Comme Hortense se souvenait de ces paroles lorsqu’elles prouvèrent la perspicacité de Madame Campan. Il y avait seulement quatre jours que Louis et Hortense étaient mariés. Elle essayait un corset dans sa chambre. Louis arriva, Hortense se cacha d’un fichu en rougissant. Il demanda d’assister à la toilette, elle refusa. Il insista, elle rougit davantage et il sortit avec humeur. La prochaine fois qu’ils se virent, Louis assena de prochains reproches à sa jeune épouse :

-Savez-vous, Madame, qu’on ne doit pas avoir de retenue avec son mari? Que voulez-vous que pensent les femmes qui vous entourent? Elles iront dire partout que vous ne m’aimez pas et qu’on vous a forcée à m’épouser.

Il la saisit violemment par le bras et la poussa dans la chambre la plus proche. La bousculant contre un meuble, Hortense tomba lourdement sur le sol. Des larmes se mirent à surgir de ses yeux lorsqu’elle vit le regard fou de son mari. Sa respiration s’accéléra, alors qu’elle fermait les paupières, craignant un coup qui ne vint pas. Au contraire, Louis grogna et s’éloigna, avant de partir de la pièce.

Douloureusement, Hortense se releva et soupira, essuyant ses larmes qui barbouillaient son charmant visage. Et voilà la lune de miel, ces si charmants jours, avaient duré quatre jours. L’enfer pouvait bien continuer…

Un seul joyeux événement dans son bonheur : Hortense était enceinte. Elle se dit qu’elle reporterait tout l’amour qu’elle possédait sur ce petit être qui grandissait en elle. Lorsque l’accoucheur vint la voir, il lui révéla que la date de naissance de l’enfant, en raison de son sexe et de divers autres facteurs, serait neuf mois moins trois jours avant son mariage. Quand Louis le sut, il piqua une crise, qui surprit Hortense.

-Si cela était, je ne vous reverrais de ma vie!

-Comment? S’écria-t-elle. Auriez-vous quelques doutes sur moi?

-Non. Je sais ce qu’il en est; mais c’est pour ce qu’on dirait.

Du coup, la nouvelle de ce joyeux événement fut ombragée par une étrange colère de Louis. Une nuit, Hortense se leva en catastrophe ayant entendu un grand bruit et un cri. Pieds nus, elle alla jusqu’à son antichambre, se retrouvant face à son mari, qui la poussa pour s’introduire dans sa chambre. Elle le rejoignit vivement.

-Qui y a-t-il, mon ami? Pourquoi parcourez-vous ainsi ma chambre? Que cherchez-vous?

-Votre amant, s’écria-t-il.

-Mon amant? Mais qu’est-ce que cette histoire? Louis, je n’ai pas d’amant!

Alors qu’elle tentait de s’approcher pour le calmer, il la poussa dans son lit et la prit violemment aux poignets. Hortense crut mourir. Ses cris résonnaient à ses oreilles et le sang battait ses tempes. Les grognements de son mari emplissaient la chambre, alors qu’il s’introduisait entre ses cuisses. Mais vivement, son envie, son désir et son impulsion, de même que sa méchanceté innée prirent le dessus et il entra brusquement en Hortense. Il haletait déjà légèrement sous l'excitation qu'elle lui procurait. Cette fille, il en avait tant besoin. Et son cri lui donna une longue vague d'orgueil. Elle lui était soumise et elle ne pouvait pas l’empêcher de faire ce qu’il voulait d’elle. Sans plus lui porter attention, il bougea sur le rythme qu'il lui imposait, multipliant les va-et-vient et la vitesse. Hortense ferma les yeux, subissant son supplice, tentant d’oublier ce qui se passait puis Louis s'enfonça brusquement en elle, l'empalant totalement. Elle encaissa le coup en criant de douleur, mais elle n'osa pas l'arrêter. Ça brûlait tant. La princesse se sentit ouverte de toutes parts. Louis serra encore plus fort ses poignets, dont les os semblèrent prêts à éclater. Puis il se retira légèrement que pour rentrer plus profondément, plus vivement. Hortense souffrait, mais pour rien au monde, elle n'aurait voulu l’avouer, par crainte qu’il devienne encore plus dur avec elle. Elle l'avait bien cherché après tout. C'était incroyable comment il la remplissait entièrement. Hortense avait l'impression que ses parois étaient totalement distendues par Louis. Elle sentit son gland au fond d'elle, butant à répétition contre l'obstacle. Malgré sa douleur, elle gémissait légèrement. Louis ne regardait pas le visage de sa femme. Ses yeux étaient fixés sur sa poitrine qui bougeait au rythme de ses mouvements. Mais ce ne fut pas long, à peine quelques instants, qu'il s'évaporât en elle et qu'un orgasme violent le saisisse, parcourant son corps en vagues successives. Puis il s'effondra sur elle. Il la relâcha, mais elle n’osa pas bouger. Hortense attendit qu’il se fût rhabillé et qu’il fût sorti de la pièce pour se mettre à pleurer.

La princesse traîna son malheur comme Jésus traînant sa croix, avec orgueil et abnégation. Joséphine, remarquant la lassitude qui s’était prise du regard de sa fille, décida de lui offrir un cadeau. Un portrait de David. Un fin sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme. Le grand peintre ne se déplaçant évidemment pas pour les croquis préparatoires dépêcha son assistant aux Tuileries. Hortense se retrouva donc devant un jeune homme blond au sourire séduisant, à l’allure gamine. Anatole Vernet, fils illégitime du grand peintre. À cet infortuné du sort, Hortense s’attacha et elle le pria même de finir le portrait lui-même. Elle l’aimait beaucoup, leur malheur commun les rapprochant. À la Cour, tous savaient qu’une tendre amitié s’était instituée entre Vernet et la princesse et personne ne s’en offusquait. Après tout, Hortense était la mécène d’Anatole.

Quelques semaines avant que le ventre d’Hortense ne commence à s’arrondir un événement vint bousculer sa vie. On attendait aujourd’hui aux Tuileries la délégation irlandaise. La princesse savait depuis longtemps les malheurs qui accablaient cette pauvre population et dans son cœur, elle leur portait une grande affection et n’hésitait pas à se proclamer irlandaise lorsqu’elle se sentait dominée. À la Cour, par quelques brillants jeux d’esprit, on parlait à mots couverts d’Hortense comme l’Irlande et de Louis comme l’Angleterre quand il y avait de nouveaux ragots sur le couple princier. Napoléon, sachant l’affection de sa belle-fille et belle-sœur pour la cause irlandaise, la désigna pour recevoir la délégation. Cette dernière n’était composée que de trois personnes. Un homme assez bâti, d’une bonne humeur permanente, aux manières simples et charmantes, s’avança vers Hortense et lui fit une révérence primitive, mais néanmoins empreinte de respect.

-Mademoiselle de Beauharnais, je suis honoré de faire votre connaissance.

Hortense retrouva durant un instant l’innocence de sa jeunesse en entendant son nom de jeune femme couler sur sa beauté. Elle sourit à Liam Sullivan franchement, alors qu’une demoiselle rousse, ressemblant à un elfe, se présenta également à elle. Ses grands yeux bleus limpides donnèrent immédiatement confiance à Hortense.

Mais alors qu’elle inclinait gracieusement la tête en guise de salutation, Hortense entendit le bruit d’une canne frapper le marbre du sol. Croyant à un vieillard, elle s’élança vers le dernier arrivant, en regardant le sol pour ne pas tomber dans sa robe trop longue. Glissant son bras sous celui de l’homme, elle l’aida à escalader les quelques marches séparant le couloir de l’antichambre. Lorsqu’elle voulut le laisser près des autres Irlandais, Hortense se recula légèrement et l’homme releva la tête. Ses grands yeux s’ouvrirent davantage en voyant cette âme et ce corps. Avec un visage d’ange, un nez trop long, un menton pointu, des yeux bleus brillants, des cheveux blonds, mêlés de roux, l’émissaire irlandais n’était guère plus vieux qu’elle. Cette créature boiteuse, pâle, trop maigre, souffreteuse, s’était prise du cœur de la princesse. Entre ses longs doigts tachés d’encre, il le tiendrait prisonnier jusqu’à sa mort. Hortense le savait et c’était pourquoi elle regardait ce jeune homme avec autant d’attention. Toutefois, elle ne put renoncer à la main qu’elle tenait dans la sienne. Ce n’est que lorsque Napoléon entra qu’elle la lâcha et qu’elle s’enfuit comme si elle venait de commettre un vol…
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MessageSujet: Re: Hortense de Beauharnais   Mer 18 Aoû - 14:17

« Qu’elle est belle quand coule son rimmel »
Hortense tient plus d’un ange que d’une humaine. Elle a de longs cheveux d’un blond céleste, qui sont le plus souvent surmonté d’un diadème. Ce qu’elle feint d’ignorer est que ses cheveux à eux seuls sont un véritable ornement. La couleur en est brillante, lustrée et éclatante. Souvent bouclée, parfois droits, les cheveux de la princesse imposent toujours de nouvelles tendances que la Cour entière s’empresse de copier. Sous une frange, la jeune femme cache un front qu’elle trouve trop grand. Pourtant, il est d’harmonie avec ses yeux bleus qu’elle a immense. Facilement embarrassée, Hortense baisse alors ses longs cils sur ses hautes pommettes qui deviennent rouges d’émotion. Elle a un petit nez retroussé qui lui donne un air mutin. Sa bouche, trop petite, est perpétuellement ouverte, comme si la princesse cherchait son souffle. Excepté sa flamboyante chevelure, c’était ses mains qui faisaient l’admiration de tous aux Tuileries. Des mains fines et blanches, aux doigts longs et minces et aux ongles roses et bombés. Plus d’un homme souhaitait avoir ses précieuses mains sur son corps… Hortense avait hérité des Beauharnais un long cou gracile, alors qu’elle avait tout le corps de sa mère. Un corps en courbes tout en mouvement et en grâce. Ce charmant appât ne manquait pas d’attirer autant que d’intimider. Alors que d’autres demoiselles de la Cour n’auraient pas hésité à s’habiller de mousseline pour faire paraître un corps aussi parfait, Hortense, prude, le cachait et il était bien rare qu’on lui vit plus de peau que de tissu. Pour les hommes, cette chasteté devenait encore plus attirante que la séduction d’une dame moins timide. Pourtant, pour Hortense, qui ne désirait l’attention de personne, il était plutôt une malédiction d’avoir un tel apanage de beauté. Son allure de princesse, l’ovale parfait de son visage, l’élégance et la grâce qu’elle possédait en toutes circonstances, faisait bien sûr d’elle une femme des plus en vue à la Cour impériale, même si elle était loin d’être la plus sensuelle et séduisante.
« Que vois-je, Madame, vous rendrais-je écarlate?»
Ayant été élevée durant la Révolution, sa mère ayant consenti à tous les sacrifices pour sauvegarder ses enfants, Hortense a gardé de cette époque un tempérament simple. La pension de Madame Campan n’étant pas favorable aux excès, la demoiselle Beauharnais n’a pas pu hériter du caractère frivole et dépensier de sa mère. Pourtant, elle apprécie grandement le luxe et le confort qu’amène la richesse. Malheureusement, contrairement à ce qu’on pourrait croire de sa condition sociale, Hortense n’aime pas être sous les feux de la rampe. Elle aimerait cent fois mieux aller s’installer dans un petit château en campagne. Malmaison qu’elle adorait tant est devenu trop bruyant pour elle. Pourtant, Hortense est probablement la personne la plus obéissante qui soit. Adorant sa mère et connaissant le chagrin qu’elle lui causerait si elle partait, la princesse s’applique à seconder l’Impératrice dans toutes ses tâches. Profondément bonne, Hortense s’émeut du malheur de tous et tente toujours d’améliorer le sort des plus miséreux. En accord avec cela, elle est, hors de ses fonctions impériales, une jeune femme timide et craintive, ceci depuis son désastreux mariage. Cependant, elle reste une princesse, probablement la plus royale de cette dynastie, celle qui méritait d’être reine. .
« J’avais rêvé d’une autre vie… »
Le plus grand regret d’Hortense est sans doute d’avoir été trop soumise, de ne pas avoir la force de caractère des femmes Bonaparte. En effet, ses belles-sœurs sont implacables et ont osé dire non à Napoléon pour choisir l’homme de leur choix. Pourtant, Hortense n’est pas aussi forte. Souhaitant plaire à son beau-père et à sa mère, elle a consenti à épouser Louis Bonaparte. Cet homme, celui auquel elle est attachée jusqu’à sa mort, est celui qu’elle déteste. Le plus grand regret de sa vie est sans doute de lui être marié. De plus, le sort se plaisant à s’acharner sur elle lui fit rencontrer l’homme qu’elle aurait désiré épouser quelques mois après son mariage. À chaque fois que Louis la bouscule et que Logan lui sourit tendrement au détour d’un couloir, Hortense se sent défaillir et s’aperçoit qu’elle a raté sa vie de femme. Tant de souffrances elle aurait évité si comme Caroline et les autres, elle s’était offusqué et avait refusé de faire ce que l’on attendait d’elle…Chaque jour un événement pourtant banal lui remémore ce qu’elle manque. Que ce soit un baiser échangé par deux amoureux dans les jardins, un reproche de Louis, un regard insistant de son amoureux irlandais, les câlineries échangées par Napoléon et sa maîtresse, Hortense voit combien elle aurait voulu être librement amoureuse…

Les tuileries vous attendent, aurez-vous le courage de vous y rendre?

« Ange ou libertine? »
Sans aucun doute, Hortense est un ange. La débauche n’est certainement pas digne d’elle. Jamais elle n’y a succombé, n’ayant donné son corps qu’à son mari. Pourtant, Louis Bonaparte a fait d’elle une jeune femme n’ayant jamais véritablement connu l’amour. Il la prend avec brusquerie comme s’il entrait dans une forteresse à prendre. Hortense redoute toujours ces moments où il entre dans sa chambre comme un voleur, qui rejette violemment les couvertures, lui agrippe les poignets… Les minutes qui suivent sont les pires au monde pour la princesse. Le visage brûlant de larmes et de honte, elle attend patiemment que cela se termine, sans se débattre, car cela est son devoir d’épouse. Elle ne comprend donc pas comment on peut prendre du plaisir à cet acte dégradant où on la soumet. Cependant, elle ne saisit pas la douce souffrance qui lui chatouille le bas-ventre à chaque fois qu’elle croise Logan O’Malley aux Tuileries. Comprendra-t-elle un jour que cette délicieuse sensation qui fait aussi mal que bien est nommée le désir?

« Royaume ou Empire? »
Il est bien entendu certain que la princesse ne souhaite pas un retour des Bourbons. Au contraire, elle se retrouve très satisfaite de l’État qu’a fait naître Napoléon. Il a donné aux Français une fierté qu’ils étaient en train de perdre. Bien qu’Hortense souhaiterait que l’Empereur arrête toutes ces guerres, elle le supporte et est elle-même prête à défendre son pays. Les mélodies et les chants qu’elle compose sont excessivement à la mode et les soldats les chantent loin des frontières françaises pour se donner du courage. Le sang et les Bourbons sont les seules choses que redoute la princesse. Que lui feraient-ils s’ils revenaient, à elle qui avait tant flirté avec le pouvoir impérial?

«Fidèle ou comploteuse?»
Il est évident qu’Hortense soutient l’Empire de toutes ses faibles forces. Elle est la belle-sœur et la fille adoptive de l’Empereur. D’ailleurs, ce dernier veut adopter l’enfant dont elle est enceinte. Au cœur de la dynastie Bonaparte, il serait très étrange qu’elle refuse d’y paraître. Bien qu’elle souhaite refaire sa vie dans la campagne auvergnate, elle s’applique à plaire à la Cour et à son Empereur. Elle donne des bals et figure comme une des reines de l’Empire. Ses conseils sont appréciés de nombre de hautes personnalités du régime. Presque davantage que sa mère, Hortense est celle sur qui on se repose lorsqu’on a des problèmes. C’est donc évident qu’elle ne participe aucunement aux complots des Bourbons. Elle s’applique d’ailleurs à faire taire les rumeurs face à un éventuel coup d’État. Allons donc, un tel complot n’existe pas!

Pardonnez-moi, je n’ai pas bien saisi.

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MessageSujet: Re: Hortense de Beauharnais   Jeu 19 Aoû - 17:27

Bonjour, Princesse!

Je vous souhaites la bienvenue à notre Cour et je valide votre présentation avec un immense plaisir. Votre connaissance d'Hortense de Beauharnais, votre apparente affection pour ce personnage et votre indéniable talent pour l'écriture font de vous une candidate excellente pour incarner la fille adoptive de Napoléon. Au plaisir de partager très bientôt un sujet avec vous, très chère!

Merci du temps et de la motivation dont vous avez fait preuve pour l'écriture de cette fiche!

Bien à vous,

Charles.
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MessageSujet: Re: Hortense de Beauharnais   

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