Pique-nique sur l'herbe du Luxembourg. [Libre]

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MessageSujet: Pique-nique sur l'herbe du Luxembourg. [Libre]   Dim 5 Sep - 9:44

Stéphanie avait ouvert l'oeil très tôt ce matin-là. Les tentures étaient tirées, mais elle apercevait les premiers rayons du soleil s'immisçant dans les fentes. Un horrible mal de tête la clouait sur son oreiller, et elle se demanda si elle n'avait pas trop abusé sur le champagne la veille, au bal organisé par celle qu'elle considérait maintenant comme sa protectrice, Joséphine. Si tel était le cas, au moins pouvait-elle se dire que cela avait été une soirée très agréable et que ce difficile réveil en avait quand même valu la peine. Elle avait dansé jusqu'aux petites heures du matin, passant d'un général à un comte ou d'un ministre à un simple soldat. Son carnet de bal n'avait cessé de se remplir que lorsqu'elle avait déclaré qu'elle s'apprêtait à se retirer. Stéphanie gardait les pages de ses carnets de bal dans une petite boîte, après avoir noté la date et l'endroit du bal en question, pour se souvenir des hommes avec qui elle avait dansé et cela représentait comme une immense flatterie pour elle, de se savoir si demandée. Certains auraient pu considérer cela comme puéril, mais c'était tout simplement adolescent. Les jeunes filles, en ces âges-là, aimaient plaire et la Princesse n'en faisait pas exception...

Liam n'avait pas pu assister au bal donné la veille, car il n'y avait pas été invité. Stéphanie avait tout fait pour en glisser subtilement mot à l'Impératrice, mais elle n'avait pas réussi à faire inviter les émissaires irlandais. Son insistance aurait pu être considérée comme déplacée, puisqu'elle était fiancées et que ses fiançailles étaient en quelque sorte non seulement une idée de Napoléon, mais aussi un présent de sa part. Stéphanie savait qu'on s'apprêtait à très bien la marier et après tout ce que le couple impérial avait fait pour elle, jamais elle n'aurait su le laisser croire que quelque chose ne lui plaisait pas. Elle devait à Napoléon et à Joséphine son retour dans la capitale, sa bonne éducation, plus de la moitié de sa garde-robe (c'était important, à cet âge-là!) et surtout, son incroyable dot, qui était en fait le titre de Princesse Impériale qu'elle avait obtenu après avoir été adoptée par l'Empereur. Sans eux, elle aurait grandi en paysanne et serait morte en couches, elle en était certaine. Maintenant, elle était la fille de l'homme le plus puissant du monde.

Malheureusement, elle savait également que tout se payait dans cette vie et tous les présents qu'on lui avait offerts lui coûtaient maintenant le droit de vivre librement l'amour de sa vie. Liam était tout pour elle.

Et c'est en retraçant les traits du visage de l'irlandais derrière ses paupières que Stéphanie esquissa un sourire. Elle trouva dans cette image la force de combattre sa migraine, et se leva tranquillement pour aller libérer les fenêtres de ces tentures lourdes et opaques. Le soleil entra à flots dans la pièce et Stéphanie se cacha les yeux de sa main fragile, avant de se retourner vers sa garde-robe pour choisir sa tenue.

Elle opta pour une robe de soie blanche recouverte d'une mousseline de couleur corail, cintrée sous la poitrine par un ruban de la même soie que la robe. Puis, elle remonta ses cheveux bouclés sur sa nuque, ne laissant que quelques mèches autour de son visage. Elle se maquilla sobrement le regard et décida qu'elle pouvait maintenant sortir de ses appartements. En descendant l'escalier qui menait à la salle à manger, une idée prit naissance dans son esprit.

Elle arrêta un domestique au passage et lui demanda d'aller lui chercher un panier de viennoiseries aux cuisines, puisqu'il serait très inconvenant pour elle de s'y montrer en personne. Il acquiesça et s'y rendit, avec pour instruction de le lui amener aux écuries, puisque c'était là qu'elle allait.

Stéphanie prit ensuite la direction des écuries et choisit l'un des chevaux pour ensuite le sceller. Un palefrenier demanda à le faire à sa place, mais la princesse lui assura qu'elle préférait le faire elle-même. Il se retira. La jeune fille avait toujours aimé les chevaux; l'équitation était le passe-temps de la noblesse et il était rare que ces derniers ne sachent pas sceller eux-même une bête. Pendant qu'elle s'affairait, le domestique arriva avec le panier de viennoiseries et elle le remercia d'un sourire avant d'attacher le panier à la scelle de son cheval.

Lorsqu'elle fut prête, elle monta la bête et partit en direction des jardins du Luxembourg. Les regards se retournaient sur son passage alors qu'elle franchissait la distance qui la séparait des jardins, mais elle y restait indifférente. Elle appréciait le soleil sur son visage et le vent frais qui lui sifflait aux oreilles et cette petite balade lui fit le plus grand bien. Elle fut néanmoins très heureuse d'atteindre le Luxembourg, qui n'était pas assailli par les odeurs de Paris et où il faisait bon prendre l'air. Elle choisit un emplacement près d'un saule et s'arrêta.
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MessageSujet: Re: Pique-nique sur l'herbe du Luxembourg. [Libre]   Mar 14 Sep - 10:01


Les cousines sont davantage que des soeurs.
Leur ciel est toujours absent des nuages
que forment les disputes fraternelles.

Hortense jeta un coup d’œil sur les mains d’Adèle qui jouait dans sa cassette de bijoux, alors que Joly lui coiffait les cheveux. Alors qu’il venait de finir de coiffer l’Impératrice, il passait toujours chez la Reine de Hollande. Il était vrai que la demoiselle était un vrai plaisir à coiffer. Contrairement à sa mère, elle était calme, ne rechignait pas lorsqu’il lui tirait les cheveux et se faisait un plaisir d’essayer les nouvelles créations de Joly, ce qui permettait à Hortense d’être l’instigatrice de nouvelles modes. Hortense choisit une robe de couleur lilas que lui montrait une camériste et l’assortie de perles, ce qui faisait ressortir la douceur de son visage. Mais après qu’Adèle eut essayé une troisième fois d’attacher les rangs de perles au cou de la princesse, Hortense se retourna vivement.

-Ma bonne amie, que vous prend-t-il? Habituellement, vous êtes si adroite. Jamais vos doigts ne tremblent.

-Votre Altesse! s’écria Joly, qui venait de perdre le contrôle de la sage tête d’Hortense.

-Oh! Pardonnez-moi, monsieur.

Se remettant face à son miroir, laissant le coiffeur reprendre tout droit sur ses cheveux, la princesse tendit la main vers Adèle qui la prit. Hortense tira son amie jusqu’à ce qu’elle fut devant elle. Ses longs doigts soulevèrent le menton de la jeune femme et regarda profondément ses yeux qui tentaient de se défiler. Puis un sourire prit les lèvres d’Hortense, laissant paraître ses petites dents nacrées. Joly finissait sa coiffure par y ajouter un beau ruban blanc. Relevant brusquement la tête, la princesse congédia la dizaine de personne qui, chaque matin, papillonnaient autour d’elle, tâchant de la préparer à son impérial travail.

-Je vous remercie tous. Je dois à présent discuter avec mademoiselle Auguié. Merci à vous, monsieur Joly. Vous êtes un génie.

Alors que le coiffeur s’éclipsait avec une dernière révérence, Hortense se leva précipitamment et fit face à son amie.

-Adèle, ne vous jouez pas de moi. Je vous connais trop bien pour que vous me cachiez des secrets. De plus, ce regard ne m’est trop familier! Vous êtes amoureuse!

En regardant le visage de son amie, Hortense se sentit blessée qu’Adèle n’avait pas eu envie de lui confier les secrets de son cœur. Mais il était vrai que depuis son mariage, Hortense n’était plus du tout la même. Leurs mains se rejoignirent.

-Ma chère, j’aurais souhaité que vous me confiâtes ce que vous cachez aussi tendrement, mais puisqu’il en est ainsi, je vais devoir vous prouver mon attachement à notre amitié. Dites-moi qui est ce galant et nous irons immédiatement lui rendre visite.

Adèle glissa un nom inconnu à l’oreille de son amie et une adresse dans le quartier Saint-Marcel. Les yeux d’Hortense se levèrent vers sa complice à demie-effrayée. Elle qui croyait se déchoir en aimant l’homme de ses rêves, elle qui se croyait l’image même d’une princesse antique, se retrouvait devant un amour qui semblait bien plus éloigné. Hortense tenta tout de même de faire un sourire engageant à Adèle et se leva, secouant sa jupe.

-Eh bien, ma chère, allons retrouver ce Pierre!

Les deux jeunes femmes sortirent des Tuileries et montèrent dans un carrosse noir sans armes. Dans ce quartier malfamé et ouvrier, mieux valait ne pas prendre de chances. S’entassant dans la voiture, Hortense ne put s’empêcher de remarquer la hâte dont faisait preuve son amie et cela lui fit penser qu’elle avait oublié son cœur dans les mains de Logan la dernière fois qu’ils s’étaient croisés dans un couloir. Mais les larmes montèrent vite aux yeux de la princesse. À l’image blonde de Logan s’était superposée celle noire de Louis. Elle dut se mordre la lèvre pour empêcher ses pleurs de glisser sur son visage. Elle sentait que sa poitrine s’alarmait et que son sang bouillonnait maintenant dans ses veines. Son visage devait être rouge, car Adèle se retourna vers elle et lui prit la main.

-Hortense? Vous allez bien?

Elle avait la nausée. Son amie le constata vite, car elle fit arrêter la voiture juste à temps pour que la princesse se précipite à l’extérieur pour vomir son chocolat et son croissant matinal. Adèle Auguié sortit également du carrosse et frottait maintenant le dos de son amie, tentant de la réconforter. Déjà quelques badauds s’attroupaient autour d’elles, mais leur cocher eut tôt fait de mettre ces curieux à l’écart.

La deuxième grossesse de la princesse même si elle datait de bientôt deux ans avait bouleversé la santé déjà fragile de la jeune femme et elle était souvent sujette à des vomissements et des crises de nerfs sans raison, cela sans compter les évanouissements plus que fréquents.

Quand sa crise fut terminée, Hortense releva son regard de pervenche délavée sur son amie et la supplia du regard.

-Ma chère amie, allez retrouver Pierre et reprenez-moi au retour. Je prendrai l’air dans les jardins en attendant. Ne vous en faites pas pour moi. Allez!

Devant cette suggestion qui semblait davantage à un ordre sortant de la bouche de la princesse, Adèle hésitait. Même si Hortense lui disait de partir, cette dernière était malade et son amie n’arrivait pas à l’abandonner. Pourtant, lorsque la jeune femme lui intima une deuxième fois de partir, elle ne put refuser, autant par la dureté qu’avait pris la voix d’Hortense que par sa hâte de retrouver son amoureux. Au bout de l’avenue, le carrosse disparût, laissant la princesse seule à l’entrée des jardins du Luxembourg.

Frissonnante, elle resserra son châle autour de ses épaules et se demanda si elle avait réellement froid ou si c’était davantage l’idée de se retrouver réellement seule pour une des premières fois depuis la fin de la Révolution. Marchant entre les allées bien entretenues, glissant de subtils regards autour d’elle, Hortense était étonnée de tant de liberté. Devant elle, il y avait un vieux couple bourgeois, un homme grisonnant et sa femme rondelette. Comme elle traînait à peu de pas derrière eux, sans doute, les gens croyaient qu’elle était la fille de ce couple. Sa tenue était simple et même si son visage et son port de tête menaçait une quelconque extraction noble, on pouvait toujours la prendre pour une orgueilleuse. Hortense marchait lentement, presque d’une manière vacillante. D’ailleurs, elle n’était pas très forte après ses attaques. Quelques étudiants levaient leur haut-de-forme pour la saluer avec un sourire séduisant. Hortense rougissait, ne sachant comme réagir à ces hommages qui n’étaient pas régis par l’étiquette. Et c’est quand un marchand de fleurs s’avança vers elle que la princesse se détourna et marcha rapidement vers un saule.

Avec un sourire assuré, elle replaça sa robe dérangée par sa promenade.

-Eh bien ma cousine, si je pensais vous voir ici! D’ailleurs, qu’est-ce qu’une jeune fiancée aussi légère que vous fait ici? Et sans chaperon?
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MessageSujet: Re: Pique-nique sur l'herbe du Luxembourg. [Libre]   Ven 17 Sep - 16:37

Stéphanie avait étendu une couverture sur l'herbe sous le saule et s'apprêtait à explorer le contenu du panier en osier quand une voix lui fit lever les yeux. Son visage s'éclaira lorsqu'elle reconnut sa cousine Hortense, avec qui elle s'était liée d'une grande affection depuis son arrivée à Paris.

- Hortense ! Mais quel plaisir de vous voir !

Stéphanie se leva, ajusta sa tenue et fit la bise à sa cousine, dans une attitude un peu provinciale et surtout très affectueuse. L’usage aurait été de lui faire la révérence, puisqu’elles n’étaient pas encore officiellement sœurs, mais Stéphanie les considéraient déjà comme telles.

Cependant, le questionnement que lui adressa sa cousine assombrit vite son regard. Hortense était tellement parfaite. Elle avait été éduquée comme les plus grandes dames de France, ce qu'elle était effectivement devenue quand sa mère avait épousé Napoléon Bonaparte. Elle était la beauté pure et incarnée, sa peau pâle et ses yeux bleus étaient modestement mis en valeur par un rang de perles et des joues rougies par quelque malaise ou encore le froid. Son sourire timide et surtout sa grâce indéniable en faisaient une femme forte et fragile à la fois, étonnante et insaisissable. En la regardant, Stéphanie ne pouvait nier éprouver envers elle une pointe d'envie, car son altesse et sa dignité semblaient si naturelles alors qu’elle avait dû tout apprendre rapidement, ces dernières années, afin d’être préparée à devenir la fille d’un Empereur et l’épouse d’un grand duc. La honte assombrit son visage. Elle avait l’habitude, quand elle vivait dans le midi, de se lever à l’heure souhaitée, de faire ce dont elle avait envie quand elle en avait envie, de sortir seule se balader dans les champs et de n’être jamais questionnée, tant qu’elle accomplissait ses tâches quotidiennes et qu’elle le faisait bien. La rigidité de la Cour impériale l’oppressait et même si elle s’y plaisait grandement et malgré qu’elle ait tout donné pour apprendre à se comporter en véritable princesse, certaines de ses vieilles habitudes refaisaient surface de temps à autre et d’être mise ainsi face à la perfection d’Hortense lui rappelait à quel point son éducation avait été bancale.

Naïve et ayant envers sa cousine adorée une grande confiance, Stéphanie se confia spontanément à elle, qui avait bien dû remarquer la décomposition de son visage à la suite de sa réflexion. Elle posa une main délicate sur sa poitrine et de l’autre main, s’empara de celle d’Hortense.

- Oh, très chère cousine… Les usages de la Cour ne semblent pas me venir aussi aisément qu’à vous, et je dois dire que j’en suis bien honteuse…

Puis, en souriant à nouveau et en s’emparant de la main toujours libre d’Hortense, elle ajouta :

- Mais vous pourriez l’être, Hortense, mon chaperon !

Le visage de Stéphanie s’éclaira à nouveau et elle entraina sa cousine avec elle vers la couverture de laine qu’elle avait étendue par terre.

- Vous joindrez-vous à moi pour petit-déjeuner ? J’ai ici un panier de viennoiseries qui ferait saliver n’importe qui.

En regardant sa cousine de plus près, la jeune fille se rendit compte qu’elle n’avait pas l’air dans son assiette. Son visage avait un teint un peu maladif, malgré ses joues rouges, mais c’était surtout ses yeux qui la trahissaient. Hortense avait toujours cette lueur de tristesse au fond du regard, un sentiment malheureux latent qui ne la quittait jamais. Cela semblait pire aujourd’hui et Stéphanie se demanda si elle devait lui en demander la cause ou non. Elle décida de couvrir son interrogation d’un peu d’humour.

- Ma chère, vos joues sont-elles rouges de l’approche de ces étudiants, ou bien y a-t-il une autre raison à cela ? demanda-t-elle en esquissant un sourire. Et d’ailleurs, ne me dites pas que vous avez fait le chemin à pied, car alors je comprendrais la raison de ce teint !

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