Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil

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MessageSujet: Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil   Sam 9 Oct - 22:17

Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil
Feat._____ Abbey Lee Kershaw

  • Age
19 ans
  • Titres
Duchesse d'Argenteuil, dame de la seigneurie ancestrale des Bascle. En effet, ce domaine, aussi provincial, reculé et poussiéreux qu'il puisse paraître, fut le cadeau de Saint Louis à l'un de ses chevaliers et compagnon de croisade, Simon Le Bascle. Par conséquent, invoquer une ascendance remontant au lointain XIIIème siècle justifie fort bien cette insistance à faire précéder le titre de duchesse d'Argenteuil.
  • État social
Noble, de pur sang azur dont la lignée tire un grand orgueil !
  • Origines
Françaises, mais pas exclusivement. Sa grand-mère paternelle était russe , et Blanche elle-même est une descendante des Lancaster anglais.

« Qu’une danse emporte ma vie »

Château de Montmort, Champagne, 9 décembre 1787.


Blanche Armance Marianne Elisabeth Le Bascle d’Argenteuil : sa mère, Anne, eut à peine le temps d’écrire d’une main fébrile et moite les noms de sa seule fille sur le registre de famille avant de céder à la fatigue écrasante de son accouchement. L’enfant était malingre, et jusqu’ici tous les bébés de sexe féminin n’avaient pu survivre plus d’une semaine. L’inquiétude était alors à son comble, et le père, Charles, n’espérait guère. Après tout, son épouse lui avait déjà donné trois fils vigoureux et dignes de son sang, la descendance était donc fort bien assurée ; toutefois, cet homme dans la force de l’âge n’aurait certes pas refusé d’accueillir dans sa cinquantaine naissante une fillette délurée capable de faire rayonner ses vieux jours. Il était conscient de l’état d’épuisement avancé de sa femme, lorsqu’il avait émis le souhait – et avait mis à exécution son désir – d’avoir un nouvel et dernier enfant : si en 1787, Anne n’avait que trente ans, la pauvre femme, de santé plutôt précaire et de constitution fragile, avait fort souffert durant ses six grossesses, accompagnées de la douleur de ne voir que la moitié de ses nouveaux-nés vivants. Pourtant, soumise et obéissante, elle avait ravalé sa lassitude et dissimulé bravement son éreintement, et par ce glacial et neigeux 9 décembre, était née la dernière des Bascle d’Argenteuil.

Charles d’Argenteuil avait expressément commandé au célèbre peintre Jacques-Louis David un tableau de sa famille : sa visite au château de Montmort correspondant par hasard à la naissance de l’enfant, toute la fratrie dut poser durant des heures dans la chambre d’Anne, somnolente et amaigrie, mais qui ne quittait plus des yeux sa fille unique, cette frêle petite Blanche fort sage, mais qui perçait efficacement le silence concentré du peintre lorsqu’elle était affamée et trop longtemps serrée dans ses langes. Charles, assis tout guilleret dans un confortable et royal fauteuil Louis XIII, tenait sur ses genoux, le cadet Denis, âgé de trois ans. A leurs côtés, Mathieu, l’aîné avec ses onze ans sérieux et fiers, et qui dispensait régulièrement quelques taloches sèches derrière la tête du deuxième, André, déjà fort turbulent et qui aurait à en apprendre à la petite Blanche.

La félicité régnait depuis quelques mois seulement, lorsque les événements allèrent de mal en pis, l’aristocratie française tout entière, même à l’écart des troubles particulièrement violents de la capitale et des grandes zones urbaines comme les Bascle d’Argenteuil l’étaient, commença sa longue chute dans les affres d’un enfer dans lesquelles elle se débat encore : la grande Faucheuse révolutionnaire, cette formidable supercherie à double tranchant. Bien évidemment, Blanche ne pourra jamais émettre quelque jugement rétrospectif sur ce passé doré que ses aïeux lui ont tant vanté : en effet, elle a grandi dans la tourmente, fleur à demi déracinée, à l’air fragile et parfois fané, mais résistante comme ces admirables et farouches plantes qui survivent dans les endroits les plus déserts, les lieux les plus hostiles et inhospitaliers. Ainsi déjà vers l’âge de deux ans, son père eut la prudente sagesse de rogner quelque peu les dépenses courantes, allégeant les repas jugés par trop copieux, refusant plus de coutume aux divers caprices de ses fils (et la belle selle de cuir ciselée d’argent, et le crucifix de communion en or massif, et l’étalon hors de prix et digne d’un prince, entre autres objets de convoitise), s’arrangeant pour persuader sa tendre épouse d’user jusqu’à la corde certains éléments de sa toilette, tandis qu’il dépenserait uniquement pour l’atour apparent qui donnerait le change à la cour. Bien en prit à Charles d’Argenteuil, puisqu’il ne devait point pouvoir protéger son foyer tant choyé éternellement…


Hôtel particulier de la maison des Bascle d’Argenteuil, Paris, 23 septembre 1792.

Un message couvert d’éclaboussures boueuses, la trogne déchirée par des balafres bien peu agréables au regard délicat de ces dames, remit prestement un pli non moins taché à la duchesse Anne qui, malgré tout l’empire qu’elle avait sur elle-même, ne put réprimer un mouvement empreint de nervosité : voilà en effet une semaine qu’elle n’avait point eu de missive de la part de son époux, qui s’appliquait, malgré les transmissions chaotiques en temps de guerre, à lui en envoyer une religieusement. Le silence qui avait été le sien, par trop curieux pour n’être pas suspect et de mauvais augure, l’avait à forte raison grandement plongée dans une affliction intuitive. Un spasme secoua sa lèvre inférieure tandis qu’elle déchira plus qu’elle ne décacheta la lettre fatale, ses compagnes en cercle autour d’elle échangeant des regards furtifs et écarquillés : toutes se doutaient bien de l’infortune qui était celle de leur amie, bien qu’elle ne laissât rien entendre à ce sujet, qu’elle considérait par trop intime (sa piété rigoureuse et son attachement au secret de son intérieur familial l’empêchaient complètement, en honnête femme qu’elle était, de s’épancher avec trop de légèreté, même à ses camarades féminines dont elle était le plus proche).

Blanche, petite fille de cinq ans qui bataillait avec sa crinoline miniature, releva promptement la tête à la vue du rustre qui venait de surgir brusquement dans le salon préféré de sa mère : c’était comme un adorable grand boudoir à la tapisserie anis, décorée d’arabesques dorées et argentées et de charmants petits cadres de scènes pastorales aux tons pastels, un grand miroir en pied et de moelleux tapis orientaux où l’enfant se roulait des heures durant lorsqu’elle était seule avec ses frères. A dix-neuf ans, Blanche garde encore en mémoire ce regard étranger mais qui, par une larme aussi soudaine qu’inattendue de la part d’un tel rustre, s’ancra profondément en elle : peut-être, à la réflexion, avait-il connu son père, ou même qu’il avait combattu sous ses ordres, et l’avait côtoyé jusqu’à ce qu’il fût fauché par un boulet de canon, pulvérisant un homme dévoué jusqu’à la mort à sa patrie à son roi, un père de famille aimant et excellent.

Anne d’Argenteuil serra les lèvres, son regard se brouilla de larmes brûlantes et son menton tremblota sous l’effort pénible de ne point laisser libre cours à son chagrin en société. Ses amies comprirent très rapidement qu’il était amplement préférable de laisser seule avec sa famille déchirée la pauvre duchesse, qui ne vit personne quitter les lieux, ni n’entendit les paroles de condoléances, ni presser affectueusement sa main glacée. Elles appelèrent et prévinrent les suivantes et les femmes de chambre du malheur horrible de leur maîtresse, et la nouvelle tragique se répandit comme une traînée de poudre. Curieusement, Blanche conserve des bribes de souvenir de cette soirée où elle perdit un pilier de son univers enfantin, complètement marqué par un imaginaire merveilleux où elle évoluait en compagnie de ses frères et ses petits amis, et ses parents, cet homme et cette femme qui fondaient un équilibre primordial, le noyau de son monde.

Incompréhensible, la frénésie des amies de sa mère à la cajoler, la gaver encore plus que d’ordinaire de suaves gourmandises, l’ennuyant prodigieusement avec leur obsession contagieuse de la toilette, l’étouffant comme une poupée sous du tulle, des rubans, de la soie et du velours d’un noir d’encre ; incompréhensible, cette mise à distance glaciale d’une mère qui, sans avoir jamais été très expansive, n’avait point manqué d’être attentive et amène envers sa fille ; incompréhensible enfin, la possessivité presque maladive de ses frères sur elle, surtout son aîné Mathieu, qui semblait la malmener par pur plaisir de se blesser lui-même avant de la faire suffoquer sous ses caresses et son attitude captative. Autant de constatations et de conclusions que la dernière des Bascle d’Argenteuil tira beaucoup plus tard, lorsqu’à l’adolescence se mêlent souvenirs d’enfance et considérations réflexives approfondies ; ce qu’elle peut en revanche dire de son enfance après la fatale et désastreuse bataille de Valmy, c’est qu’elle fut morne, tendue et sombre.

Hôtel particulier de la maison des Bascle d’Argenteuil, Paris, 1802.

Qu’il était beau, Aimé de Boisguy, aux yeux de l’adolescente rêveuse et innocente ! Tout auréolé de son passé de chouan héroïque, il étincelait littéralement devant une Blanche qui, sous ses dehors sages et ses yeux modestement baissés, ne se tenait plus, partait dans des délires romantiques qui ne dureraient guère. Après tout, ce n’était pas un tel sujet d’étonnement que l’émotion débordante de la jeune fille, pour laquelle cet homme, breton comme son père, et donc un peu comme elle, n’était pas vraiment un inconnu. De fait, il était le filleul de feu Charles d’Argenteuil, et sa mère, veuve jamais réellement remise d’un deuil qui promettait d’être perpétuel, l’accueillait toujours comme un fils en sa demeure. Etait-ce là tout ? Non, assurément, car on avait bien pourvu Blanche d’une éducation corsetée, propre à celle d’une jeune fille de la fine fleur de l’aristocratie, et bien qu’âgée de quinze ans, elle était d’une maturité admirable : il lui en fallait davantage pour qu’un homme jeta un tel trouble chez elle.

En réalité – chose qui était absolument placé sous le sceau du secret entre elle et Aimé -, leur relation n’était point vraiment celle qu’ils affectaient qu’elle fût, simplement cordiale et respectueuse : leur rapprochement s’était effectué au fil des bouleversements rebelles des chouans, alors qu’Anne d’Argenteuil, à bout de forces physiques et mentales, se rétablissait fort lentement dans les domaines encore intacts de son époux, dans ses bastions de Bretagne. L’Hermine, Séréac, Suscinio, Chassay… Les aïeuls, oncles et tantes rescapés des batailles militaires et des affrontements sanglants avec la populace abusée promenaient Blanche et ses frères dans ces propriétés jalousement gardées, heureusement entretenues et protégées grâce aux subsides prévoyants et jusque-là dissimulés que son défunt père avait précautionneusement accumulés.

Les rencontres avec les grandes étoiles de la chouannerie, tels Tuffin de La Rouërie, Pontbriand et les frères Picquet du Boisguy, n’étaient donc en rien d’incongrues, la cause royaliste étant défendue corps et âme et la rage au cœur par la famille de Blanche. Rien de surprenant non plus à ce qu’on accueillît les vaillants combattants dans les demeures, et à ce qu’on apportât avec empressement du ravitaillement. En 1800, Mathieu, André et Denis étaient âgés respectivement de vingt-quatre, vingt-et-un et seize ans : ils luttaient au côté de Guy, Louis et Aimé de Boisguy depuis le début des troubles déjà, et avaient tissé entre eux de profonds liens de camaraderie. Fort heureusement, ils ne surent jamais rien de ce qui se déroula dans la chambre ténébreuse de leur petite sœur, qu’ils imaginaient d’une candeur merveilleuse, nageant encore dans un monde fantastique de petite fille abreuvée de contes et de légendes.

A treize ans, la petite duchesse d’Argenteuil recelait déjà de fort belles promesses quant à l’avenir de sa beauté : belle, elle ne l’était point encore, et parfois, encore à présent, elle nie totalement l’être. Cependant, ses charmes la rendaient adorables aux yeux des hommes comme des femmes, avec des issues toutefois différentes : autant révéler qu’Aimé ne fut pas insensible au pouvoir de séduction à peine découvert et dévoilé de l’adolescente, qui oscillait encore entre l’enfance et une réserve plus calme et réfléchie d’adulte. De vigoureuses et subtiles affinités les poussèrent l’un vers l’autre, et à la camaraderie asexuée qui était d’abord la leur succéda un jeu bien plus trouble et dangereux : flairant un péril dans le bouleversement déchirant qui s’opérait en son for intérieur, qu’elle ne s’expliquait pas et dont elle s’effrayait, Blanche prit maintes fois la fuite, mue par un obscur instinct de préservation.

Néanmoins, leur jeunesse, leur fougue et la force indicible et naturelle qui les jetait passionnément dans les bras l’un de l’autre n’eurent guère à lutter contre une vertu qui ignorait par trop les choses les plus élémentaires de l’amour, et succomba assez légèrement à une inclination invincible temps qu’elle n’était pas assouvie. La chose arriva clandestinement au château de Séréac, où Blanche bénéficiait d’une chambre particulièrement bien agencée de passages de secours dans un donjon, dont elle jouissait d’ailleurs à elle seule. L’intuition pallia à l’inexpérience, et le soupirant fut royalement sacré amant : à tel point qu’il s’employa à son insu à démarcher auprès des Argenteuil afin de projeter une union future ; hélas, la noblesse parlementaire qui était celle de sa famille n’eut pas l’heur de plaire beaucoup à cette très ancienne famille remontant aux chevaliers, et dont la prérogative suprême était la conservation farouche de la pureté du sang, dût-on courir la ruine et l’extinction de la race. La jeune fille ne le sut que plus tard, mais, pour des motifs différents, se félicita de ce que ce mariage n’eut point lieu : en effet, si elle ne reniait pas l’amour enflammé et douloureux qui avait le sien, et qui n’avait rien de commun avec le vulgaire béguin d’adolescente, elle savait qu’elle risquait fort de se compromettre à vie, si le fruit de leurs ébats enflammés venait à surgir – fort heureusement, il n’en fut rien, grâce à la prudence du jeune homme, qui était fort loin d’être un novice à vingt-quatre ans.

Par la suite, la séparation fut source d’une telle souffrance, qu’elle sembla annihiler une passion qui, si elle avait duré plus longtemps, aurait été destructrice pour une jeune fille aussi jeune et sensible que l’était Blanche ; doxique ou paradoxal ? Loin des yeux, loin du cœur, elle ne répondit bientôt plus aux lettres enflammées de son amant, son entourage resserrant sa surveillance sur elle, créant une atmosphère de suspicion et d’austérité peu propice aux effusions sentimentales. Ainsi commença une longue désillusion sur l’amour : comment un sentiment aussi puissant, pouvait-il si aisément disparaître ?...

Paris, 1806.


Du haut de ses dix-neuf ans, Blanche aime à répéter qu’elle se trouve à un carrefour charnière de sa vie, l’aube de son avenir tout entier : aussi met-elle un point d’honneur à jouir de tous les instants de son existence, à commencer par un quotidien dont elle tient soigneusement à l’écart la trivialité. Vivre dans le raffinement qui sied à sa noblesse d’âme et sa beauté, son besoin un peu futile mais nécessaire du confort, de la prodigalité, de la fête, des arts, jouissances des sens et de l’esprit ; une perspective fort plaisante, mais qui se nuance fortement si l’on considère la situation peu commode du clan royaliste… mais au diable les ennemis belliqueux, les hostiles sinistres ! Pour l’instant, la duchesse d’Argenteuil n’est point encore réellement impliquée dans les intrigues souterraines de cette société marginale et où brillent les derniers vestiges des feux de l’aristocratie.

Blanche a eu l’heur d’être introduite et adoptée si rapidement au sein du clan royaliste grâce à sa parenté avec Louise d’Esparbès de Lussan, la défunte maîtresse passionnée aimée de Charles d’Artois. La jeune fille n’était pas seulement sa nièce, mais également une filleule que cette femme discrète mais délicieuse avait prise sous son aile et chérissait, bien que parfois la distance les séparât. De fil en aiguille, Blanche avait fini par trouver une mère de procuration chez Louise, dont les attentions adorables et merveilleusement affectueuses contrastaient tant avec la froideur maternelle : de fait, quel abîme entre Anne et Louise ! L’une était le reflet antagoniste de l’autre, et rien ne les eût jamais réunies sans cette enfant blonde et rieuse. Enfin, deux ans auparavant à la mort de sa douce marraine, le chagrin immense de Blanche fut sans comparaison avec celui ressenti à l’annonce de celle de sa propre mère, définitivement cloîtrée dans un couvent breton et totalement oubliée des siens, dont elle n’avait d’ailleurs cure : alors qu’elle s’était ruée à Londres pour assister Louise dans ses derniers instants, se démenant comme un beau diable pour franchir la Manche qui constituait maintenant un périple infernal (elle avait dû se faire passer pour une bourgeoise nouvellement épousée d’un membre du Parlement anglais, et endosser le rôle en adoptant toute la panoplie linguistique, vestimentaire et comportementale d’un genre de femme qui la faisait mourir de rire), la jeune fille n’avait même pas daigné assister au trépas d’Anne. Cette ingratitude filiale lui avait été violemment reprochée par son frère André, à présent orgueilleux et ambitieux prêtre qui brigue la pourpre et le violet : il ne se passe maintenant plus de querelles fraternelles sans que Blanche le taxe vertement d’hypocrite, puisqu’aucun de ses frères n’est allé prier auprès de leur mère.

Quoiqu’il soit, Blanche a trouvé un véritable père en Charles-Philippe d’Artois, avec lequel elle a partagé le deuil écrasant d’une personne qui leur était également chère à leur cœur, quoique de manière différente : le souvenir douloureux et nostalgique de Louise les rapprocha, puis ils apprirent à se connaître mieux, et plus profondément. Une complicité étonnante se tissa entre ces deux êtres quelque peu livrés à une solitude mélancolique et trop amère pour être portée de front, aucune ambiguïté ne trouvant de faille où s’immiscer et jeter le doute et la suspicion : l’amitié d’un homme et d’une femme étant peu propice à une absence sincère et totale de toute concupiscence, que ce soit l’effleurement mental ou sensuel le plus infime. De surcroît, les trente années qui les séparaient écartèrent simplement de leur esprit la moindre velléité charnelle : insinuer quoi que ce fut à Blanche dans sans cesse équivaudrait pour elle à la soupçonner de rapport incestueux, ce qui la transporterait d’indignation outragée. Non, la jeune fille s’emploie avec l’amour dévoué d’une fille à chérir cet homme qui lui rend réciproquement une tendresse partagée. Ils correspondent prolixement d’ordinaire, et à sa grande satisfaction, Blanche est touchée de se voir demander ses opinions et souvent les subtiles analyses qu’elle conçoit sur le contexte politique ou culturelle, étonnée en ce que son jugement soit autant considéré par un des plus grands personnages de son clan, mais aussi de ce qu’elle regarde encore comme le royaume de France.

L’insertion de Blanche dans le clan royaliste l’a mise harmonieusement au centre de ces grands d’hier, auprès desquels elle apprend et dispense ses soins et les charmes de sa compagnie, de sa beauté et de sa conversation. La femme avec laquelle elle est la plus proche est sans aucun doute la duchesse d’Angoulême, en laquelle la jeune fille a une entière confiance… à tort, s’il faut en croire cette liaison amoureuse dangereuse qu’elles entretiennent toutes deux avec cette adorable girouette de Thomas Perrin… Ceci dit, l’heure des révélations houleuses n’a point encore eu lieu, et il est par conséquent encore temps de savourer ces journées et ces soirées formidables que les deux amies passent ensemble : à peine les dix années d’aînesse de Marie-Thérèse se font sentir, sa cadette ayant comme elle grandi très vite à cause de circonstances dramatiques qui, si elles n’ont eu ni la même portée ni la même conséquence, sont comparables par le déchirement troublé qui s’est opéré en elle, à quelques années d’intervalle. Blanche s’ingénie à alléger le quotidien de Marie-Thérèse : au commencement de leur relation, elle officiait d’ailleurs en tant que suivante, ou une sorte de dame de compagnie intime, attentionnée, affectueuse dans les limites de la révérence due à une inconnue et à une dame de si haut rang, mais non assujettie. Marie-Thérèse, merveille de naturel et de douceur, a su faire fondre habilement les glaces d’une étiquette rigide, et derrière laquelle Blanche se cachait autant par timidité qu’elle s’en plaignait secrètement. A présent, ces deux reines de beauté et d’élégance hantent follement les bals : il n’est pas rare, en effet, d’apercevoir derrière leurs loups étincelants de paillettes ces deux blondes rirent aux éclats, voleter aux bras des hommes les plus fringants et distingués de Paris.

Toutefois, Thomas Perrin se révèle être le futur fruit de discorde : monsieur ne se contente pas d’une ravissante jeune femme, mais pousse le vice jusqu’à en conquérir une seconde – sa meilleure amie, qui plus est. Blanche n’a pour le moment aucun soupçon du double jeu qu’a perfidement ourdi cet amant, dont elle se méfie autant qu’elle en est éprise. Sa volonté d’indépendance et sa fierté d’aristocrate sont constamment blessées par cette relation tumultueuse où elle se plaît à semer troubles et orages, souffler le chaud et le froid, se faire désirer et chasser royalement au diable : qui aime bien châtie bien, telle est sa maxime concernant Perrin. Le problème, c’est que cet homme de rien, qu’elle ne pensait être qu’un caprice léger et éphémère, Blanche l’a en fait dans la peau : même en imaginant qu’elle n’éprouve plus aucun sentiment à son égard, le simple contact de la peau de démon l’électrise ardemment et elle se sent devenir cette amante passionnée et d’une volupté ravageuse. Il use ses nerfs, avec ses disparitions impromptues et parfois si longues, durant lesquelles la jeune fille se morfond et tombe malgré sa défense dans les affres d’une imagination fertile et jalouse, rongé par la frustration charnelle et la nécessité impérieuse de se repaître de lui, de sa voix, de sa présence et maintenant, de son esprit : de fait, Blanche aurait pu n’être qu’une maîtresse occasionnelle comme tant d’autres (suppose-t-elle sans grand dépit, cette fois). Mais aux plaisirs de la chair ont succédé de vives conversations et la naissance d’une complicité dont elle se serait bien passée, puisqu’elle n’occasionne en son absence qu’une souffrance diffuse et continue.

Et s’il n’y avait que Thomas, comme source de tourments ! Certes, Blanche jouit parfaitement de sa totale liberté, et force lui serait de restreindre à lui seul ses charmes : elle tient à profiter complètement de son indépendance amoureuse, ce qu’elle tient tout de même relativement secret, étant de tempérament méfiant et discret. Sa vertu fut sacrifiée très précocement, et la jeune fille, à dix-neuf ans, tient à déguster tous les plaisirs des sens qui s’offrent à elle, et qu’elle obtient sans trop de peine grâce à son esprit et à sa grâce. Le pacte défini avec sa famille est le suivant : carte blanche lui est donnée jusqu’à ce que les Argenteuil, ou bien Charles d’Artois auquel elle est entièrement soumise, lui commande de se marier avec le prétendant qu’ils auront choisi. Elle se rendra alors sans appel à leur décision, docilement, et observera une attitude des plus vertueuses, ne se consacrant plus désormais qu’à la descendance qu’elle engendrera, à sa demeure, à son époux (dans la mesure du possible, du supportable, c’est selon), et à ses amis royalistes, soit à sa classe. Les choses sont claires… ses sentiments concernant une certaine Oksanna Volonska, une panthère russe à laquelle Blanche a donné tous ses suffrages lors d’une fête copieusement arrosée… et dont l’issue lui échappe totalement, à présent qu’elle est sobre et suspicieuse quant à la nature des échanges avec cette slave suprêmement belle, et vers laquelle elle s’est sentie irrésistiblement attirée. Si la duchesse d’Argenteuil ne considère pas l’attirance pour les femmes comme contre-nature, elle est pour le moins inquiète : non pas de quelque débordement de n’importe quel ordre que ce soit, mais tout simplement parce qu’elle nourrit la peur légitime d’avoir été abusée, astucieusement manipulée par une personne qui lui a prouvé qu’elle-même n’est point invincible…


« Qu’elle est belle quand coule son rimmel »

Il est bien plus aisé de faire son chemin à la cour lorsqu’on a la chance de posséder un joli minois, une taille fine et de beaux yeux ; Blanche s’estime d’autant plus fortunée qu’elle a de surcroît la haute naissance et la richesse. Son pas gracieux et son fier port de tête de danseuse sont un bel atout pour tourner les têtes, de quels camps auxquels elles appartiennent : royalistes, bonapartistes, artistes, menu fretin, qu’importe ! Sa coquetterie est presque aussi légendaire que celle des Merveilleuses ou de la reine déchue, son amie Marie-Thérèse, mais plus discrète également. Elle sait que la mesure est de mise, afin d’exhausser ses qualités physiques et de jeter le voile sur des défauts qu’hélas, elle déplore piteusement devant son miroir.

Puisque tout un chacun est tant occupé à vanter sa beauté et son charme, il serait plutôt intéressant de viser d’abord ses fameux défauts qui la font rougir de rage. Tout d’abord sa silhouette qui, extrêmement fine, paraissait maigre il y a encore quelques temps. Toutefois, le corps de l’enfant, de l’adolescente, s’estompe et si son visage poupin gagne perpétuellement en finesse et en maturité, le reste de son corps, frêle et même anguleux, s’arrondit en des formes plus voyantes, prometteuses mais encore ébauchées sous ses toilettes splendides, quand ruissellent des rivières de diamants sur son cou sensuel de cygne, ou sous les savants déshabillés qui savent autant cacher que souligner le corps de cette jeune nymphe. Sa taille est moyenne, elle avoisine le mètre soixante-cinq juchée sur ses précieux talons hauts qui lui donnent l’impression d’exister davantage dans un univers surchargé visuellement par la décoration, aux espaces bondés de personnes anonymes, et bien souvent plus grandes qu’elle. Enfin, sculptée par l’équitation et la danse depuis son enfance, son maintien est certes majestueux et semble merveilleusement calme, voire immobile ; toutefois, Blanche sait parfaitement garder la maîtrise de ses émotions, et d’un corps nerveux qui ne supporte pas de rester longtemps assis. Aussi certaines manies gestuelles reviennent incessamment, comme le battement d’un pied agacé ou ennuyé, le poignet engourdi qui tourne, retourne gracieusement, ou les doigts qui tambourinent silencieusement le bord de la table.

De longs cheveux châtains clairs, que Blanche a la chance d’avoir naturellement ondulés, miroitent des reflets dorés ou fauves selon la lumière, ce qui change étonnamment la manière que les autres ont de la percevoir. En effet, la lumière froide et crue du matin la fait paraître enfantine, avec des cheveux très blonds et des taches de rousseur plus ou moins cachées par la poudre, mutine petite fée pas encore bien coiffée ni apprêtée. Ou la lueur des lustres et des bougies qui projette sur elle une impression de jeune femme, dont la peau pâle contraste davantage avec une chevelure paraissant plus foncée, mais soyeuse. La fantaisie de la marquise s’en ressent jusque dans ses coiffures, parfois les plus improbables qui soient : des rubans, des perles ou des pierres précieuses, sa camériste a l’heur d’avoir une admirable patience durant les heures de préparation à quelques bals, soirées à l’opéra ou salons divers.
Blanche ne sait que penser de son visage : elle sait (et on lui répète sempiternellement) qu’on la trouve très mignonne, belle et même exquise pour ceux qui aiment ce genre de beauté un peu sauvage, à l’air un peu timide, mais dont le regard malicieux et la moue mutine déconcertent sous ses dehors si sages, si dignes. Elle n’offre que de petits sourires en coin, de peur de découvrir une dentition qu’elle abhorre : ses dents sont certes blanches, mais quelle horreur que ces petites choses carrées et quelque peu espacées, qui apparaissent ne serait-ce qu’en entrouvrant la bouche ! Les fossettes enfantines et le restant font oublier cette imperfection, néanmoins elle rêve d’un jour où ce complexe pourra, grâce à elle ne sait quelle médecine future, être habilement corrigé. Ses yeux sont d’un bleu-vert hésitant, et très clair ; y brille l’intelligence et la malice, et c’est une experte dans l’art de capter le regard des hommes et de jouer voluptueusement avec, ponctuant des œillades franches et des paupières chastement baissées de jeune fille communiante. Le nez est petit, légèrement retroussé ; une fossette marque un menton qui laisse deviner un sacré caractère derrière ce minois rêveur.

« Que vois-je, Madame, vous rendrais-je écarlate?»
Ce serait chose ardue, en fait, que de parvenir à faire rougir cette fière marquise : le menton plein de caractère légèrement levé, la tête quelque peu penchée, elle navigue avec adresse en eaux troubles, lorsque la bise devient ouragan et que la situation nécessite tout son courage.

Car Blanche, sous des dehors calmes et angéliques, n’est que passion et sensibilité. En effet, la jeune fille est une véritable caisse de résonance, qui laisse libre cours à sa folle imagination et à ses sens lorsqu’elle dévore livres et revues durant ses longues heures de lecture, poursuit quotidiennement de palpitants échanges épistolaires, s’enthousiasme au théâtre ou à l’opéra, ou encore quand elle tournoie comme une petite fée scintillante dans les bras d’un homme envoûté, au bal. Elle aurait tort de se priver dévôtement aux joies sans nombre que lui offrent sa jeunesse, sa beauté, sa fraîcheur, son rang et sa richesse ; ayant tous les atouts en main, elle ne peut et ne veut que briller, et ce le plus longtemps possible.

Gourmande et de tempérament primesautier, Blanche est un véritable rayon de soleil dont la bonne humeur contagieuse est difficilement mutilée par des esprits perfides. Possédant un fond puissamment bénéfique, elle se veut être une de ces aimables personnes entièrement tournées vers le Bien, être un adorable idéal féminin, bienfaisante, douce et d’une générosité inépuisable. Ainsi, lorsque sa langue se fait sans raison fondée trop acérée, tant la tentation du commérage malfaisante est séduisante, surtout motivée par la compagnie de langues de vipères hors pair de la cour, elle regrette bien vite de s’être laissée allée à ce mauvais penchant qu’elle essaie pourtant de brimer toujours.

Scrupuleuse, sa conscience la poursuit fort souvent de ses avertissements lancinants et cette nausée fiévreuse qui signalent les écarts de conduite et le vice qui couve sous les plumes du petit ange royaliste : certes, elle poursuit une cause à laquelle elle s’est dévouée sciemment corps et âme, mais ceci n’autorise pas tout. Son éducation rigoureuse lui a inculquée des principes et un sens particulièrement aigu de l’honneur et de la correction : tous les moyens ne sont pas bons pour arriver à ses fins, et il n’est absolument pas question de se corrompre, de s’avilir mentalement ou physiquement en vue de satisfaire ses ambitions et les attentes de son clan. Ce qu’elle préfère, c’est la stratégie alliée à la sagesse, mettre à l’épreuve une patience qu’elle espère illimitée et pour ce faire qu’elle endurcit quotidiennement en s’infligeant des devoirs pénibles en société : supporter des personnages a priori impossibles à vivre, se les acquérir par la douceur, la malice et un raffinement instinctif. L’art de la nuance, la légèreté sans la sottise, la distinction sans la hauteur teintée de mépris.

Cependant si Blanche n’est pas vaniteuse, son orgueil la pousse parfois à placer quelque distance entre sa gente personne et autrui, car on lui a appris à respecter le rang social et les convenances du monde. Sa liaison avec Thomas Perrin prouve d’ailleurs qu’elle est parfaitement capable de s’abaisser par amour – tout du moins, c’est comme cela que Mathieu, son frère aîné, considère la chose -, et elle fait fi de toute prétention nobiliaire si une personne de qualité personnelle croise son chemin, qu’elle soit duc, bourgeois, artiste ou homme du commun.

L’amour et la séduction sont le sel de son quotidien par trop sage et dicté par la sainte bienséance et la raison : il est absolument nécessaire pour Blanche de poursuivre toujours quelque intrigue tendre et, ou, charnelle. Car les deux ne vont pas de pair, elle-même se surprend à pouvoir froidement différencier ces deux pans de l’amour. Si en politique Mademoiselle d’Argenteuil prise plus que tout la diplomatie, côté cœur elle accumule conquête sur conquête, et se veut une impérieuse dominatrice : l’homme qui fera plier et triomphera de cette nymphe au cœur fiévreux mais par trop exigeant ne l’a pas encore rencontrée. Qu’à cela ne tienne… et à ses risques et périls, car la victoire de ce vainqueur encore fictif pourrait bien renverser la légèreté et la frustration continuelle de cette jeune fille insatiable et toujours déçue.

« J’avais rêvé d’une autre vie… »

A vrai dire, Blanche s’estimerait parfaitement heureuse de son existence présente, si tant de pression ne pesait tant sur ses frêles épaules. En outre, d’un tempérament irrémédiablement rêveur, son esprit a si souvent vagabondé lors des questions pressantes que les inconnus font parfois : qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Que faites-vous ? Bien que les apparences l’emportassent aisément – l’élégance et le port altier de la jeune fille ne permettant guère de doutes sur son statut social -, Blanche aime à se déguiser, et les bals sont occasions de laisser libre cours à sa fantaisie et à sa frustration. Car tout en sachant pertinemment la triple fortune qui est la sienne (fortune, chance et pouvoir de séduction), elle a parfois envié les actrices ou les chanteuses de l’Opéra, dont le talent et assez souvent la beauté sont offerts si merveilleusement à un public dont elles sont admirées ou adulées, recevant à chaque représentation des brassées de fleurs, des présents en tous genres, des attentions de personnages si haut placés, et ayant dans le cœur, s’imagine Blanche, cette conscience comblée de l’artiste qui a donné tout son être afin d’exalter l’œuvre qu’elle vient de jouer ou de chanter. Bien évidemment, depuis son installation parisienne, la duchesse d’Argenteuil a essuyé encore quelque désillusion, devant la détresse dissimulée de ces étoiles dont l’éclat est si souvent factice, hélas…

Résolument, ces rêves se sont bel et bien effacés… pour évoluer vers des branches parallèles de l’Art, le dessin et la musique. Ce choix s’explique par deux causes très simples : pour la première alternative, la jeune fille possède un talent naturel qui a très précocement enthousiasmé sa famille, qui a eu le soin prévoyant de l’entourer de peintres pas toujours reconnus pour leur talent effectif, mais par conséquent tout à fait abordables financièrement, et dépendants des Argenteuil, transformés inopinément en mécènes. Le fusain et la pastel sont ses instruments de prédilection, avec lesquels elle croque n’importe qui, n’importe quand et n’importe où lorsque l’ennui point ; sa technique à la peinture n’est pas encore aboutie, et l’attire beaucoup moins : la nuance et la subtilité, voilà ses maîtres mots. En revanche, pour ce qui est de la musique, Blanche se sent mortellement honteuse d’être si peu savante en cet art : bien qu’elle ait une voix cristalline et harmonieuse, elle ne sait pas chanter (ces chansons paillardes que lui apprenait Denis en rougissant ne comptent en rien), et prend donc activement des cours. Son goût est très prononcé pour la musique de certains maîtres – notamment religieuse -, cependant là encore ses mains fines et agiles ne s’agitent qu’avec hésitation sur le clavier ou manient malaisément l’archet. Voilà qui explique ses si grands soupirs devant des musiciennes accomplies, qu’elle souhaiterait tant être parfois, afin de posséder enfin un moyen infaillible d’évasion…


Les tuileries vous attendent, aurez-vous le courage de vous y rendre?

« Ange ou libertine? »
Une antithèse, un soleil noir qui, sous ses dehors angéliques, dissimule sous des appas élégants, virginaux et une conduite de vestale le jour, une libertine pleine de malice et envoûtante de sensualité la nuit. En se levant le matin, c’est une jeune fille encore adolescente, au minois enfantin et un brin timide, lorsqu’elle quitte sa solitude feutrée et pure pour saluer ses grands-parents,son oncle et ses frères. Là, le corset est aussi bien vestimentaire que physique, et elle fait preuve d’une humilité et d’une mesure dans ses propos et son comportement que les amis qui partagent ses ébats nocturnes et ses jeux séducteurs ne reconnaîtraient pas : c’est une manière, pour la fragile enfant de dix-neuf ans qu’elle est encore, de faire la part des choses entre son espièglerie et les déboires amoureux qu’elle a pu connaître la nuit précédente, et un certain mal-être qu’elle éprouve en composant sa confession écrite patiemment à son réveil, après qu’elle eût raconté sur le papier ses rêves mouvementés, avant qu’elle ne se rendît à la messe matinale comme de coutume, pour se confesser et prier humblement. Le restant de sa journée se passe alors paisiblement, à jouer aux cartes ou aux échecs avec sa famille et leurs visiteurs le mardi, ou à effectuer elle-même des visites aux plus fervents royalistes, lire durant des heures ou à faire des emplettes en compagnie féminine lorsque la reine déchue son amie l’y convie.

Toutefois lorsque les lueurs du soleil commencent à décliner, c’est un extraordinaire changement de perspective qui a lieu alors : la libertine renaît au crépuscule, appelle promptement sa camériste, fouille fébrilement dans ses malles bourrées à craquer de vêtements et d’accessoires, afin de trouver LA tenue de soirée qui la hissera comme d’ordinaire parmi les dames les plus élégantes. C’est une chose d’autant plus ancrée dans son esprit qu’étant absolument consciente de l’inévitable suspicion dont sont victimes les membres de sa coterie, elle se doit d’être irréprochable, de tourner toutes les têtes sans se souiller par une fréquentation et une réputation douteuses (de fait, elle sélectionne soigneusement les rares élus qui auront droit de découvrir la couleur des draps de sa couche). C’est à cette condition que Blanche continuera d’être reçue partout, même chez les bonapartistes les plus endurcis – bien entendu, malgré l’onctuosité que certains peuvent faire preuve à son égard, soit pour la séduire, soit pour gagner une des personnalités du clan royaliste), elle se garde bien d’y répondre.

Enfin, il aurait peut-être mieux valu de préciser ce que l’on entendait à propos de ce terme bien sévère de « libertine ». Pour Blanche, qui se considère comme telle, c’est simplement le jugement porté sur une femme qui n’a pas attendu l’hymen pour vendre sa virginité, mais a noblement choisi l’homme à qui elle daignerait confier son corps, ainsi que ses successeurs. Car il n’est point question de badiner avec n’importe qui, et de s’offrir avec une lubricité bestiale à la fin de la nuit : il faut mériter cette précieuse petite marquise, qui ne supporte pas tout un chacun, et examine froidement tous les critères qui pourraient admettre un homme dans son intimité : son rang social, puis son degré de noblesse, la sensualité qui se dégage de sa personne, qui ne doit pas forcément être un Apollon, l’intelligence et l’esprit… A la rigueur, républicain, royaliste ou artiste, peu importe : si le prétendant amoureux et charnel parvient à passer à travers toutes les mailles du filet de la marquise d’Argenteuil, il n’est même pas certain de l’avoir apprivoisée et de tisser une liaison. Une conquête galante digne d'une épopée, mais les divins délices du trophée feront oublier les obstacles de la quête...
« Royaume ou Empire? »

La question ne se pose même pas, c’est pour Blanche une évidence, claire comme de l’eau de roche !
Un Argenteuil ne sera jamais félon envers son roi, traître à son souverain : les enfants de cette famille, dès leur plus jeune âge sont abreuvés – gavés ! – de loyauté, de dévouement, de droiture et autres valeurs hautement révérées, parallèlement à un catéchisme qui frôle l’intégrisme et le fanatisme : la monarchie de droit divin, ou rien ! Tout n’est que mensonges et vilenies : l’Empire remporte de fait la palme d’or en matière d’ignominie. Ce qui rend Blanche particulièrement méprisante envers la nouvelle hiérarchie nobiliaire instaurée par Bonaparte, est ce désir ridicule et contradictoire de reprendre les souches de l’aristocratie – le système des titres et celui de la cour, pratiquement fermée si l’on ne sait point assez flatter les puissants – et de tenter tant bien que mal d’y faire germer des comtes, des marquises… plutôt mal, à vrai dire, puisque la distinction, cette essence de la véritable et unique noblesse, la plupart ne la posséderont jamais : autant, alors, faire valser des pantins ou des bouffons. De surcroît, ce qui entame surtout la susceptibilité de Blanche, c’est de se voir écartée elle-même d’une cour dont elle gagerait parfaitement être promptement une des étoiles… Enfin, la jeune fille émet un jugement nuancé, quelque peu teinté de désillusion et de sagesse : elle refuse de se morfondre dans le regret d’un univers qu’elle n’a pas connu, si ce n’est encensé et exalté par les anciennes générations ; poursuivre une chimère n’est point dans son caractère raisonnable et vif. Toutefois, elle reste une royaliste acharnée et, elle l’espère fort, un atour au sein de sa faction monarchique, et ce pour un motif des plus simples : seule la fréquentation de cette grande famille aristocratique la comble, et son affection débordante pour Charles d’Artois et Marie-Thérèse est un puissant ressort pour faire don de sa personne.


«Fidèle ou comploteuse?»
Blanche d’Argenteuil est fidèle ET comploteuse ! Elevée en Bretagne par ses grands-parents maternels, plongée avec émerveillement et terreur dans les combats de la chouannerie, on lui a inculqué depuis sa plus tendre enfance l’attachement viscéral aux rois de France, le respect religieux dû à l’Eglise, renforcé par une foi sincère et qui ne manque pas de la décontenancer tant la lutte avec sa raison est inégale, et la vénération éperdue qu’elle voue à ses racines aristocratiques, à l’histoire de sa race et sa supériorité sociale. Bien qu’elle rejette avec sagesse cette dernière conviction, ayant été très tôt éveillée intellectuellement par la lecture des philosophes du siècle précédent, sa loyauté envers les royalistes est indiscutable. Son dévouement pour la cause de ses pairs est total, et elle méprise farouchement ceux qui, par peur de la guillotine, de la dépossession radicale des biens matériaux et d’une déchéance sociale, se sont vendus, prostitués à l’ennemi : Napoléon. Elle ne peut tout simplement pas souffrir cet homme, sa détestation est d’abord naturelle : certes, elle a tenté de se confronter de loin à sa personne, lors d’un défilé militaire, afin de surveiller et d’analyser la réaction qui serait la sienne en voyant réellement celui que l’on avait toujours considéré dans son entourage comme une incarnation du diable. Non, son impression avait été honnête et claire : la jeune fille n’avait éprouvé qu’un curieux agacement face à ce petit homme bouffi de fatuité.

Son credo politique serait le suivant : elle admet parfaitement qu’une tripartition de la société est absolument nécessaire, et que tous les bouleversements et toutes les révolutions n’y changeront définitivement rien. Ces fatales et récentes décennies en attestaient désespérément pour ceux qui sont alors dans cette troisième couche grouillante et méprisée par les deux autres : une aristocratie impériale n’avait-elle pas émergée, même de bric et de broc ? La cour s’était recomposée dans les Tuileries, tandis qu’un cortège administratif, militaire et religieux s’était agglutiné autour, et que toute cette strate double écrasait de sa supériorité et de son pouvoir cette éternelle masse de misérables. Selon Blanche, cette hiérarchisation était nécessaire, et, imprégnée des fragments de Pascal, un effet, un mécanisme divin qui trouvait son sens en faisant abstraction de toute humanisation dégoulinante de niaiserie. La monarchie de droit divin, voilà l’ordre naturel des choses, de la France qui, royaume dont la simple mention du nom faisait ployer les faces avec respect, même contraint, évoquait une puissance ancestrale.

Ce petit général n’était au final qu’un usurpateur dont la marquise d’Argenteuil admire avec un rictus ironique l’habileté et la bravoure, mais ne tolèrerait point comme souverain, et encore moins comme empereur : cette place suprême revient de droit, en effet, à Louis XVIII, tandis que la « veuve Capet »doit être réhabilitée et considérée comme la martyre qu’elle est devenue. Celui qui veut en savoir davantage et débattre agréablement en respirant le parfum enivrant et le charme de Blanche, sont aimablement conviés à l’hôtel particulier où elle réside autour d’un thé fumant…


Pardonnez-moi, je n’ai pas bien saisi.

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Dernière édition par Blanche d'Argenteuil le Ven 17 Déc - 21:10, édité 19 fois
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MessageSujet: Re: Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil   Lun 11 Oct - 8:32

Bienvenue très chère Blanche! J'espère vivement pouvoir lire votre présentation sous peu!!
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MessageSujet: Re: Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil   Ven 15 Oct - 3:40

Bonjour ! A vrai dire, je l'espère également... ce sera normalement achevé ce week-end, étant donné que ma connexion la semaine est tellement moisie que j'arrive avec peine à charger la page du forum. Enfin, si ma fiche n'est pas terminée dimanche soir, je vous prie de me permettre de compléter ce qui doit l'être dès vendredi prochain. Mais soyez sans crainte, je suis motivée, et enchantée d'un tel forum que je veux vous aider à faire connaître, si cela m'est possible Smile .
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MessageSujet: Re: Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil   Dim 17 Oct - 15:11

C'est avec un plaisir non feint que je me prête à la lecture de votre fiche, qui avance bon train! Votre écriture soignée et vos évidentes connaissances historiques ne font qu'ajouter à votre fine compréhension du personnage ainsi qu'à votre créativité. Nous vous laisserons, bien entendu, terminer votre fiche et ce, avant votre validation, bien qu'officieusement vous soyez déjà des nôtres!

Nous sommes ravis de votre motivation à écrire sur notre forum ainsi qu'à le faire connaître; évidemment nous ne pourrions refuser l'aide de quiconque sur ce point!
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MessageSujet: Re: Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil   Ven 17 Déc - 21:11

Voilà qui est achevé !
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MessageSujet: Re: Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil   Dim 19 Déc - 5:24

Hé bien c'est avec un grand plaisir que je vous valide officiellement, très chère Blanche, et que je vous souhaites la bienvenue sur le Bal de l'Empire!

Votre fiche est parfaite et surtout très bien écrite, votre talent ne fait aucun doute et c'est avec joie que je me prêterai à la lecture de vos prochains RP.

En espérant en partager un avec vous prochainement,

Charles
.
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MessageSujet: Re: Blanche-Joséphine Le Bascle d'Argenteuil   

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