Félix de Saxe-Weissenfels [Terminé]

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MessageSujet: Félix de Saxe-Weissenfels [Terminé]   Mar 26 Oct - 11:12

Félix de Saxe-Weissenfels
Feat._____ Kevin Zegers

  • Age : 26 ans

  • Titre ou métier : Duc de Saxe-Weissenfels, pianiste et compositeur.

  • État social : Célibataire

  • Origines : Germaniques. Descendant de la branche albertine de la maison de Wettin et fils de ducs et de médecins renommés.


«Souviens-toi des jours passés »

Je crois que j’ai toujours su que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Une compréhension qui n’a rien à voir avec la certitude que j’en ai aujourd’hui, rien à voir avec la clarté ou le diagnostic. Plutôt une compréhension au stade émotif, sous forme de sentiment ; un malaise persistant, une impression d’anormalité qui pourrait ressembler à ce que ressentirait une personne athée dans une cathédrale remplie de fervents. Cette personne sentirait, dans les vibrations des chuchotements des autres, dans leur énergie pieuse et dans leurs yeux remplis d’admiration portés sur la statue du Christ crucifié, qu’elle, ne croyant en rien de tout cela, est profondément différente de tout le monde. Même en faisant semblant d’être admirative ou en répétant les prières du prêtre, même en cherchant à donner l’impression qu’elle est comme tout le monde, cette personne ne pourrait faire autrement que de se sentir à part. Et avec le temps, les autres s’en rendraient forcément compte également, même malgré tous ses efforts.
Mais ce personnage fictif a encore plus de chance que moi j’en ai eue, car alors il connaîtrait la source de sa différence; l’athéisme par rapport à la croyance fervente. Je n’ai pas eu cette chance.


***

22 Septembre 1784

Le vent soufflait si fort qu’il lui semblait qu’il n’était qu’à un cheveu de s’envoler pour de bon. Autour de lui se confondaient les couleurs de l’automne en un tourbillon étourdissant qu’intensifiaient les bourrasques de vent, qui fouettaient au passage ses joues et ébouriffaient ses cheveux. Le ciel, lui, qui avait été d’un bleu pur toute la journée, prenait maintenant ces teintes si typiques du coucher du soleil sur une journée magnifique. À l’ouest, il se confondait de rouge, d’orange et de jaune, passant ensuite au vers, au bleu et s’évanouissant dans une teinte violette à l’est. Devant ce pittoresque paysage, soudainement rempli d’un émerveillement sans mot, Félix ferma les yeux et ouvrit les bras, prêt à accueillir la tourmente d’Éole, seul, debout et fier au milieu de ce champ d’herbes hautes et parsemé d’érables aux couleurs flamboyantes. Et il s’envola. Il sentit que le sol se dérobait sous ses pieds et son sourire s’agrandit alors qu’il s’élevait doucement dans les airs, défiant les lois de la gravité dont son père l’avait entretenu la veille.

* Newton a eu tort, je le dirai à papa. Il a eu tort, car moi, je peux voler *, pensa Félix, subjugué par cet événement incroyable.

Mais après tout, les grandes personnes avaient souvent tort.

***

« Nous l’avons retrouvé dans les champs de M’sieur Brenglaan. Il avait l’air de seulement dormir. Z’avez d’la chance, si vous voulez mon avis, par les temps qui courent. »

Le père de Félix, Auguste de Saxe-Weissenfels, remercia l’homme qui lui avait ramené son fils. Ce dernier, l’air fatigué, buvait maintenant une tasse de thé chaud que sa mère venait de lui préparer. Tout en se disant que cette dernière ne connaissait vraiment rien à la discipline et que c’était peut-être sa faute si leur enfant désobéissait tout le temps, Auguste se dirigea vers son fils et lui envoya une claque sévère derrière la tête. Le garçon éclata en sanglots et fut immédiatement consolé par sa mère, qui lança un regard furieux vers Auguste.

- Élie, ne me regardez pas comme ça et ne vous jetez pas sur lui à la moindre larme, lança-t-il d’un coup sec. Et toi, jeune homme, que je ne te reprenne plus jamais à quitter la maison alors qu’on te l’interdit!

- Pour l’amour du ciel, Auguste, il n’a que quatre ans! Ne soyez pas si dur avec lui! Répondit Élisabeth.

- C’est moi qui commande dans cette maison. Vous êtes ma femme et vous devez m’obéir, tout comme ce garçon doit le faire. Et c’est un ordre, Élisabeth.

Il avait brièvement tourné la tête en direction de Félix, qui était impressionné par l’autorité que son père dégageait. Il ne haussait jamais le ton, mais son regard perçant et même transperçant suffisait à glacer le sang de quiconque osait s’opposer à ses méthodes. Auguste de Saxe-Weissenfels descendait d’une famille prestigieuse dont les hommes étaient, autrefois, ducs de Saxe-Weissenfels. Le duché avait été annexé depuis, mais la fierté des hommes de la famille ne s’était jamais démentie. Aujourd’hui, malheureusement, ce nom, quoique noble, ne procurait à la famille qu’une maigre rente annuelle et depuis trois générations, les pères de famille avaient tous été médecins. C’était une profession admirable et extrêmement convoitée, dont les pratiquants étaient la plupart du temps très savants et très distingués. Auguste était de ces hommes qui en imposent, dont le savoir ne fait nul doute et dont on oserait jamais remettre en question les affirmations. Et quand il employait ce ton-là, c’était sans réplique. Frustrée d’être ainsi rabrouée, Élisabeth s’empara de la tasse de thé de son fils et l’envoya contre le mur luxueusement tapissé. La tasse éclata en mille morceaux dans un fracas surprenant et, dans la petite pièce, les trois domestiques ainsi que Félix et Auguste restèrent figés. Élisabeth lança un regard meurtrier à son mari et quitta la pièce sans mot dire. Félix se souvenait encore d’avoir trouvé cette réaction un tantinet démesurée… et d’avoir lu à peu près la même réflexion dans le regard de son père.

Ce dernier s’était rapproché de son fils et l’avait pris par la main, comprenant qu’il avait dû comprendre sa leçon. L’excès de colère de sa femme l’avait troublé et il espérait que son fils n’en garderait pas un trop mauvais souvenir.

- Viens, mon garçon. Il faut te mettre au lit maintenant.

- D’accord, papa, répondit Félix en regardant son père avec admiration.

Il aimait sa capacité de reprendre son état normal après l’avoir disputé. Il était fâché et après, il ne l’était plus. Son père redevenait son père.

- Tu sais, papa… dans ce champ, là-bas, j’ai volé dans le vent. L’homme dont tu m’as parlé hier, Newton, il disait pas la vérité. Les petits garçons peuvent voler.

Auguste regarda son fils, mi souriant, mi inquiet. Ce genre de déclaration était fréquent pour Félix. Au début, c’est rigolo, on se dit que ce petit garçon a vraiment de l’imagination et qu’il est très créatif… mais parfois, Auguste se demandait si Félix racontait cela pour divertir les gens ou bien s’il y croyait vraiment. La frontière semblait mince.

… Ça lui passerait sûrement.

- Ah oui? Et tu as vu le manoir, de là-haut?

***

11 Mai 1788

- Plus vite, Vivi! C’est plus très loin!

Du haut de ses huit années, Félix courait beaucoup plus vite que sa petite sœur Ludovica, âgée de quatre ans à peine. Elle s’emmêlait les pieds dans ses jupons qui claquaient au vent, tout en tentant de franchir les hautes herbes que son frère traversait au pas de course devant elle.

- Attend-moi, grand-frère! Tu vas beaucoup trop vite!

Levant les yeux au ciel, Félix se retourna vers sa petite sœur dont il voyait à présent uniquement la tête, le reste se perdant dans la verdure de l’herbe. Ses longs cheveux blonds s’emmêlaient dans le vent qui soufflait sans cesse, dans ce petit coin de pays. Découragé par son manque de vitesse, Félix soupira et marcha dans sa direction. Arrivé à sa hauteur, il la prit par la main et l’entraîna avec lui, en courant moins vite cette fois, afin qu’elle puisse le suivre.

- On y est presque, Vivi. Tu verras, ça vaut vraiment la peine.

- Les parents vont nous disputer!

- Mais non, t’en fais pas.

Les deux gamins arrivèrent finalement à la lisière de la forêt. Le soleil s’était caché derrière de gros nuages gris et l’endroit, encore humide de la pluie des derniers jours, était plutôt lugubre. Ludovica se rapprocha de son frère, s’agrippant à son bras. Félix entra dans la forêt d’un pas décidé, comme s’il savait exactement où il allait. En réalité, il n’était pas trop sûr. Il ne l’avait vue qu’en rêve, cette licorne. Il savait qu’elle était sensée être là, mais le doute commençait à s’insinuer en lui. Ludovica regardait autour d’elle, tournait la tête au moindre bruit suspect et fermait les yeux de temps à autre. Elle était sur le point de pleurer; cet endroit lui filait vraiment la chair de poule… Elle ne se souvenait pas d’avoir déjà vu un endroit aussi sombre et effrayant.

- Lou, j’ai peur! Je veux pas rester ici! Les parents nous attendent à la maison je veux rentrer! Il fait noir, ici.

- Bon, d’accord, je t’avais promis une surprise mais si je te dis ce qu’on est sur le point de voir, tu vas certainement arrêter d’avoir peur pour avoir envie de me suivre. Là bas, plus loin, il y a une licorne. Une vraie! Toute blanche!

Ludovica leva un regard mi admiratif, mi imbibé de larmes vers son frère.

- C’est vrai? Une licorne?

Et elle accepta de faire quelques pas de plus, en se rapprochant tout de même encore, s’il était possible, de Félix. Mais le petit garçon marchait de moins en moins vite. Il doutait maintenant de sa certitude et il lui semblait que chaque arbre, chaque plante et chaque sentier se ressemblaient et ressemblait à l’endroit qu’il avait vu en rêve, en plus lugubre et sans licorne. Ludovica pleurait maintenant abondamment. Elle s’accrochait à son frère comme s’il eut été une bouée et elle enfouissait son regard brouillé de larmes et son nez dégoulinant dans sa manche. Félix commençait à avoir peur, lui aussi. Il n’aimait pas être responsable de l’état de sa sœur et la voir pleurer ainsi le faisait sentir extrêmement mal. Il commençait à croire qu’ils devraient rentrer chez eux, mais doutait de sa capacité à retrouver son chemin… La panique s’emparait de lui.

- Qui t’a dit qu’il y avait une licorne ici, Lou? Sanglota Ludovica.

Félix stoppa immédiatement son chemin. Les mots de sa sœur avaient infiltré sa réflexion et endommagé sa pensée; son regard se perdit dans l’inconnu et il resta figé. Ludovica tenta de le secouer, en lui répétant sans cesse la même question. Qui!? Qui! Qui!

***

Je crois que c’est ce jour-là, plus particulièrement. Dans la forêt, avec Vivi pendue à mon bras pleurant toutes les larmes de son corps, quand elle m’a demandé qui m’avait parlé de cette licorne. C’est ce jour-là que j’ai vraiment commencé à douter. Douter de moi, douter d’eux, douter des gens que je côtoyais, douter inlassablement. Qui disait vrai? Qui disait faux? Qui tentait de me faire du mal, qui se trouvait du côté des méchants et qui étaient vraiment les gentils? Car les voix qui m’avaient guidé, pour que je trouve cette licorne, ces voix m’avaient trahi. Je ne l’ai pas trouvée. Je me suis perdu, et j’ai perdu ma sœur avec moi. Si, encore une fois, Dieu n’avait pas permis que l’on nous retrouve quelques heures plus tard et qu’on nous ramène à nos parents, nous serions morts. Les voix m’avaient guidé vers la mort. Et ma sœur aussi. Ma sœur, Ludovica, qui était la personne la plus précieuse à mes yeux, mon joyau, mon trésor, le souffle de ma vie et ma raison de la vivre. Et les voix…

***

8 Décembre 1792

Félix n’arrivait pas à dormir. Le vent s’engouffrait dans les moindres fissures de sa fenêtre en un hurlement terrifiant qui, quoi que maintenant habituel, n’en était pas plus rassurant. Emmitouflé dans ses couvertures épaisses et cousues de riches étoffes, seul le bout de son nez restait visible, un peu comme si la couche de chaleur et de tissus pouvait agir comme une protection. Ce n’était pas qu’il avait vraiment peur. À 12 ans, il était devenu fort et courageux. En fait, c’était plutôt que le monde extérieur le dérangeait. Il ne se sentait pas bien dans cette chambre, remplie de courants d’air, pas plus que dans ce gigantesque manoir trop grand pour la famille réduite et trop riche pour les maigres repas qu’ils mangeaient.

On frappa à la porte et Félix se recroquevilla de plus belle sous ses couvertures. C’était un cognement léger, probablement celui de sa sœur Ludovica. Félix laissa paraître son visage et attendit que la fillette ouvre la porte, ce qu’elle fit dans les secondes qui suivirent. Ses cheveux blonds maintenant plus longs que jamais coulaient en cascade sur son dos. Elle était pieds nus, seulement vêtue d’une robe de nuit blanche en coton. Elle avait les mains derrière le dos, un peu comme si elle se sentait coupable de venir déranger son frère à cette heure tardive, attendant son approbation. Félix lui sourit et elle lui sourit à son tour, ferma la porte aussi doucement qu’elle l’avait ouverte et se précipita dans le lit douillet de son grand frère. C’était devenu une habitude, pour les deux gamins, de se soutenir mutuellement et de se réconforter. En fait, c’était souvent Félix qui réconfortait sa sœur; il était le grand frère après tout et c’était sa responsabilité de veiller au confort de Vivi. Et ces derniers temps, la nuit, elle en avait souvent besoin. Ce dont elle ne se doutait peut-être pas, c’était que ses visites nocturnes, en plus de la rassurer, réconfortaient également grandement Félix. Sa présence faisait taire les voix.

Ces derniers mois n’avaient pas été de tout repos pour la famille. Élisabeth était devenue de plus en plus bizarre avec le temps et ses excès de colère commençaient à terroriser tout le monde. Auguste ne savait plus que faire de sa femme et quand on lui avait proposé un poste prestigieux à l’université de Leipzig, il n’avait pas hésité à l’accepter. Félix se souvenait du jour où son père était parti. Le ciel était aussi gris que leur humeur était maussade. Toute la maisonnée était rassemblée devant la maison pour dire au revoir au maître des lieux, qui avait longuement serré ses enfants dans ses bras. Il n’avait gratifiée Élisabeth que d’un maigre baiser sur ses lèvres sèches et pincées… mais Félix avait vu, lorsqu’elle avait tourné la tête, des larmes rouler sur les joues de sa mère. Auguste ne les avait pas vues. Il était monté dans la berline qui devait l’amener loin d’eux et avait esquissé un dernier sourire aux enfants avant que le cocher ne ferme la portière. Félix n’avait jamais revu son père depuis. Il semblait se trouver bien, à Leipzig.

Élisabeth, elle, s’était trouvée très mal.

Elle avait commencé par s’enfermer de longues journées dans ses appartements, ne donnant signe de vie à personne. Puis, elle était sortie de sa léthargie et avait mis tous les domestiques à la porte à grands cris et grandes menaces, persuadée qu’ils étaient à l’origine de tous ses malheurs et qu’ils cherchaient à la conduire à sa perte. Félix et Ludovica avaient été extrêmement perturbés par es événements. Félix avait tenté d’écrire à son père, pour lui faire part de la situation, mais personne ne lui avait répondu et on lui avait retourné la missive quelques temps plus tard, puisqu’elle ne s’était jamais rendue à destination. Désemparés, sans domestiques et avec une mère qui devenait de plus en plus colérique, les deux jeunes enfants s’étaient évadés ensemble dans le jeu et les loisirs. C’est à cette époque que Félix avait commencé le piano. C’était l’un des rares sons que sa mère supportait d’entendre et même, elle semblait l’apprécier. Félix croyait, à tort sans doute, qu’en devenant tous les jours meilleur au piano, il pourrait, grâce à ses mélodies, rendre à sa mère son état normal. Lorsqu’il jouait, elle redevenait cette mère surprotectrice et affectueuse envers lui; elle s’assoyait même à ses côtés sur le banc en bois de cerisier et elle l’écoutait jouer, les yeux fermés. Le jeune homme n’avait pas mis beaucoup de temps à devenir très bon. Autodidacte, il avait appris en déchiffrant les partitions qui traînaient ça et là mais, lorsqu’il n’y en avait plus eu, il avait commencé à en rédiger lui-même. Il s’improvisait, peu à peu, compositeur et cela, sans même le savoir. Tout ce qui lui importait était le bien être de sa mère et il souhaitait tant retrouver le bonheur familial d’antan…

Mais l’état d’Élisabeth n’avait qu’empiré. Elle ne dormait maintenant plus, toujours à faire les cent pas et à marmonner des paroles presque inaudibles et incompréhensibles. C’était ce qui effrayait le plus les enfants. Depuis quelques temps, elle avait arrêté de leur cuisiner à manger et ils devaient s’occuper eux-mêmes des repas. À force de supplications et de larmes, ils avaient fini par convaincre leur mère de faire revenir l’une des domestiques qu’ils aimaient particulièrement. Elle avait accepté surtout à cause des enfants, dont le sort semblait lui arracher le cœur, à revenir sans rémunération. Elle avait mis un peu de baume sur les plaies des enfants et elle s’occupait de son mieux du manoir, qu’Élisabeth avait laissé à l’abandon.

La nuit, cette dernière se réveillait et parcourait les couloirs de la maison en répétant sans cesse des phrases insensées ou en parlant toute seule. Elle fixait le vide et, lorsque les enfants s’approchaient d’elle, elle ne semblait même pas les voir. Elle s’emmurait peu à peu dans un monde qu’elle seule pouvait connaître, au détriment de sa famille et de sa propre personne.

C’était ainsi que Ludovica avait pris l’habitude d’aller trouver son frère la nuit, lorsque sa mère l’empêchait de dormir. Elle se glissait de sa chambre à la sienne comme une ombre, sans faire de bruit, et allait s’enrouler dans les couvertures épaisses du lit de Félix, qui la serrait dans ses bras en lui baisant le front. Ce n’était que de cette façon que les deux jeunes enfants parvenaient à dormir.

***

4 Octobre 1796

Il était étrange de voir comment les situations pouvaient parfois s’inverser, subtilement, discrètement. Les parents sont bien sensés prendre soin de leurs enfants, non? Et pourtant, chez les Saxe-Weissenfels, c’était désormais à Félix qu’incombait la tâche de prendre soin de sa mère. Il était peu à peu devenu l’homme de la maison, surtout après le départ de Mme Helga la domestique, et puisqu’ils n’avaient plus jamais eu de contact avec Auguste. Félix avait déjà trouvé un article de journal portant sur les recherches qu’effectuait son père et d’avoir ainsi la confirmation qu’il était en vie et bien portant lui avait transpercé le cœur. Pour le jeune adolescent qu’il était, il lui semblait plus facile de se faire croire que son père était mort ou coincé quelque part contre son gré et que c’était pour cette raison qu’il ne voulait plus les voir. De savoir qu’il choisissait volontairement de les renier et qu’il avait voulu les abandonner l’avait profondément blessé. Il n’avait pas osé dire la vérité à Ludovica, maintenant âgée de 12 ans, par peur de la rendre triste elle aussi.

Cette dernière était présentement en train de terminer son ouvrage de broderie, assise sur le rebord de la fenêtre du salon. Le ciel était encore gris de l’autre côté des carreaux et la faible lumière ne suffisant pas, elle avait allumé les bougies autour d’elle. Félix, assis au piano, avait arrêté de jouer pour poser un regard bienveillant sur sa sœur adorée. Devinant qu’il la regardait, elle leva les yeux vers lui et sourit.

- Tu sais, Lou, je travaille mieux quand tu joues!

- Tu n’as pas besoin de ça pour broder, Vivi. Tu as des doigts de fée.

Les deux enfants se regardèrent longuement. Ils étaient devenus extrêmement proches au cours des années et suivant les épreuves, et leur complicité était immense. Sans un mot de plus, Félix se concentra à nouveau sur le piano et Ludovica à son ouvrage. Ces jours paisibles étaient si rares! Il fallait en profiter.

Avec le temps, Élisabeth avait commencé à se méfier de ses enfants. Elle ne mangeait que très peu et ne passait plus une minute en leur compagnie, toujours enfermée dans ses appartements, sans qu’ils ne puissent véritablement l’approcher. Félix et Ludovica ne savaient plus quoi faire et cette situation les rendait très tristes. Ils savaient qu’ils auraient dû partir et peut-être même se lancer à la recherche de leur père, mais ils savaient également que s’ils laissaient Élisabeth seule au manoir, elle se laisserait dépérir. Et ils l’aimaient toujours… Elle était leur mère, après tout.

Félix délaissa le piano environ à la mi-journée. Il devait se rendre dans le centre-ville de Halle pour rencontrer le brocanteur. Sans domestiques, sans parents (fonctionnels) et sans travail, il fallait dire que la famille éprouvait de sérieux ennuis financiers. La richesse de leurs possessions leur permettait maintenant de survivre. Il se leva, sourit à sa sœur et se dirigea vers la cuisine où il avait préparé l’argenterie, réservée autrefois pour les grandes occasions. Il glissa le tout dans une mallette de cuir brun usé, avant d’enfiler bottes, manteau, chapeau et foulard. Après avoir baisé le front de sa sœur en guise d’au revoir, il quitta le domaine sur sa pauvre carriole et se rendit jusqu’au centre de Halle en près d’une heure. Sur un pont traversant la rivière Saale, il aperçut le brocanteur qui lui avait donné rendez-vous et tira sur les reines pour arrêter son cheval, tout en soulevant son chapeau de sa main libre, afin de le saluer. Ce dernier lui rendit la politesse.

- Bonjour mon garçon! Alors, qu’est-ce que tu m’amènes là cette fois?

Félix descendit de la carriole et emporta la mallette avec lui, pour l’ouvrir devant les yeux avides du brocanteur.

- De l’argenterie, Monsieur. Comme neuve.

Le brocanteur s’empara du paquet que contenait la mallette et commença à examiner les ustensiles. Félix joignit les mains dans le dos et attendit qu’il ait terminé son analyse, tout en laissant vagabonder son regard aux alentours. Il ne lui fallut pas longtemps pour remarquer que plusieurs personnes regardaient dans sa direction. Les dames aux robes élégantes, ombrelles à la main et la laisse d’un lévrier dans l’autre, comme les dames d’allure plus modestes chuchotaient en le pointant du doigt. Fronçant les sourcils, Félix se sentit soudainement très mal.

* Elles sont en train de comploter contre toi, Félix. Elles savent des choses que tu ne sais pas et elles vont s’en servir contre toi…*

Le brocanteur, qui avait terminé son examen, avait levé la tête. Il voyait que Félix se sentait mal à l’aise vis-à-vis les chuchotements et les gloussements des dames sur le pont et il s’en sentit mal pour lui. Le pauvre. Savait-il que les frasques et comportements de sa mère étaient venus aux oreilles des commères de Halle jusqu’à Leipzig? En ces temps, dans les salons, les commérages, rumeurs et suppositions avaient la cote et les femmes s’étaient vite intéressées à cet homme incroyablement brillant, beau, séduisant, noble et riche qu’était le docteur Auguste de Saxe-Weissenfels. Comment cet homme idéal pouvait-il être toujours célibataire? Il devait être veuf. Et au fur et à la mesure des conversations autour d’un thé, on avait appris qu’il avait bien une femme et que celle-ci vivait seule, dans un gigantesque manoir, avec ses deux enfants. Le docteur l’avait quittée pour une raison : elle était folle. Cette histoire avait soulevé les passions des dames sans occupation et c’était pourquoi, en cette heure fréquentée, sur un pont au dessus de la Saale en plein centre de Halle, on avait reconnu sans même l’avoir déjà vu le fils du docteur. Il fallait dire qu’il lui ressemblait comme deux gouttes d’eau et que les armoiries de la famille, connues de plusieurs, étaient peintes sur la carriole.

Afin de distraire l’adolescent de la réflexion tourmentée apparente dans laquelle il s’était plongé, le brocanteur se racla la gorge et offrit son prix. Au terme de courtes négociations, Félix put enfin quitter ce pont maudit, en regardant derrière lui beaucoup plus souvent que nécessaire.

La nuit venait de tomber lorsqu’il fut de retour au manoir. Tranquillement, silencieusement, il alla reconduire son cheval à l’écurie et lui donna de quoi étancher soif et faim, tout en restant profondément perdu dans ses pensées. Il s’empara ensuite du paquet de provisions qu’une fermière lui avait vendu au marché durant l’après-midi avant de rentrer chez lui. Ludovica sauta presque de joie en le voyant passer le pas de la porte. Ces longs après-midi passés seule, dans la grisaille et la peur d’une nouvelle crise de sa mère l’ennuyaient profondément. Par chance, elle aimait la lecture et son père avait laissé une bibliothèque très garnie, qui lui permettait de s’initier aux idées des philosophes et des plus grands penseurs du siècle. Mais la solitude lui pesait.

- Lou, te voilà enfin! Tu m’as manqué. Tu as pu obtenir un bon prix pour l’argenterie?

- Je suis là, maintenant, ma puce. Et l’argenterie m’a permis de nous avoir assez de provisions pour les deux prochaines semaines. Et il me reste un peu d’argent.

Souriante, la petite fille s’empara des provisions et commença à les classer. Félix, lui, prit un pain frais qu’il avait été chercher chez le boulanger et monta jusqu’aux appartements de sa mère.

Doucement, il cogna à la porte. Elle ne répondit pas, comme toujours, et Félix entra quand même,
comme toujours. La noirceur et l’odeur d’humidité et de renfermé l’assaillirent et il dû se forcer à avancer encore. Élisabeth était assise à son bureau et elle écrivait frénétiquement quelque chose qui, face à son comportement, semblait être de la plus haute importance. Une pile de lettres s’entassait sur le coin du bureau en bois de merisier et une bougie presque entièrement consumée s’étendait dans une flaque de cire, près d’elle.

- Maman? Je vous ai ramené du pain; il est frais. Vous devriez manger un peu.

Brusquement, Élisabeth laissa tomber sa plume et leva la tête en direction de son fils, les yeux agrandis par l’étonnement et l’admiration. Elle se leva. Il devait y avoir longtemps qu’elle ne s’était pas lavée; ses cheveux blonds si longs et autrefois si beaux étaient aujourd’hui gras et plaqués contre sa tête. Sa robe de nuit était tachée d’encre et cernées sous les bras, et elle cachait à peine une poitrine décharnée. Elle faisait peine à voir.

- Gabriel… chuchota-t-elle, en se laissant choir aux pieds de Félix. Gabriel… Mon archange… Vous êtes venu me l’annoncer… J’avais raison, n’est-ce pas?

Elle leva ses yeux imbibés de larmes vers lui, joignant les mains en signe de prière.

- Il faudra le dire au père Brunhes… continua-t-elle.

- Maman, c’est moi, Félix. Votre fils! Je ne suis pas Gabriel, vous le savez bien…

Elle tourna subitement la tête à gauche, comme si un énorme fracas venait de se produire, et commença à respirer très fort et très rapidement. Puis, soudainement, elle poussa un hurlement qui glaça le sang du jeune homme. Élisabeth pointa le coin de la pièce du doigt et se mit à marmonner des paroles presque inaudibles. De ces mots, Félix pu comprendre une chose : elle conversait.

Effrayé et découragé, l’adolescent déposa la miche de pain sur le bureau de sa mère, ramassant au passage les lettres qu’elle avait scellées. Il s’enfuit de la pièce d’un pas rapide, et ferma la porte sans bruit.

Demain, il irait chercher le père Brunhes. Il était le seul à avoir encore un peu de pouvoir sur sa mère. Il la convaincrait peut-être de manger un peu.

***

J’avais ainsi vite compris que ma mère n’était pas vraiment normale. Cela s’était toutefois fait si graduellement que je ne pouvais dire, une journée donnée, que son état était pire que la veille et pourtant, je me réveillais un matin pour constater que son état n’allait pas en s’améliorant. Au début, elle ne faisait que s’emmurer dans un monde que nous ne pouvions pas atteindre mais lorsqu’elle en sortait, elle redevenait cette mère affectueuse que nous aimions et qui nous cajolais. Puis, elle avait commencé à faire des crises colériques, au cours desquelles elle avait renvoyé tous les domestiques. Elle commençait à se méfier de tout; toute personne qui s’approchait d’elle avait potentiellement des intentions malveillantes à son égard. Elle ne mangeait plus rien que ce qu’elle cuisinait elle-même, effrayée par le poison, et elle passait ses journées à épier à la fenêtre la moindre personne qui passait près du portail. Quand nous étions jeunes, Ludovica et moi, nous pensions que c’était sa façon à elle de nous protéger. Nous avions tort.

Nous avons compris que nous n’étions que des figurants dans son histoire le jour où elle a commencé à se méfier de nous aussi. Pire que des figurants, nous étions les ennemis. Elle ne nous faisait plus confiance et nous soupçonnais des pires intentions. Et ça, c’était quand elle allait relativement bien. Les autres jours, elle ne nous reconnaissait plus.

Son enfermement était graduellement passé de mental à physique. Elle s’isolait maintenant dans sa chambre et on pouvait passer des jours sans la voir. Elle descendait manger la nuit, ou jeûnait lorsque l’on ne lui déposait pas de quoi manger près de sa porte. Parfois, nous posions l’oreille contre cette porte et nous l’entendions discuter, parler avec des gens qui pourtant n’étaient pas là. Vivi avait cru, autrefois, que maman avait des pouvoir surnaturels et qu’elle était en contact direct avec les anges; c’était ce que maman lui avait dit, convaincue elle-même de la véracité de ce fait.
C’était une bien jolie image pour décrire les délires de ma mère. Et bien que cela nous effrayait parfois, ce n’était finalement rien comparé à ce qui nous attendait. Car ma mère, à l’époque, était
encore inoffensive.


***

12 Juillet 1800

Félix attendait impatiemment, adossé à un arbre, que sa sœur sorte enfin. L’endroit était assez agité et toutes les jeunes filles, sortant l’une après l’autre de la pension, se jetaient dans les bras de leurs parents dans des embrassades interminables. Le jeune homme tapait du pied, inlassablement.

* Ils sont trop heureux, Félix. Ils cachent quelque chose. Tu le sais, tu le sais… *

Félix scrutait les fenêtres de l’établissement, persuadé que quelqu’un le regardait. Cette impression d’être constamment observé le suivait partout, et il avait du mal à se raisonner… Il se disait simplement que s’il ne voyait pas la personne qui le regardait, c’était que cette personne était très rusée et donc, il fallait s’en méfier encore plus. Ne pas la repérer, au lieu de le convaincre que son raisonnement était erroné, affirmait ce raisonnement.

* Elle ne sort pas, Félix. Elle ne sort pas parce qu’ils l’ont prise, elle aussi. Ils l’ont enlevée, et tu es le prochain. Il faut que tu partes, vite!*

- La ferme. Murmura le jeune saxon entre ses dents.

- Qu’est-ce que tu dis? Fit une voix joyeuse, derrière son dos.

Félix sursauta et se retourna, partagé entre la colère d’avoir été surpris et la joie de revoir sa sœur. Il eut un moment d’hésitation. Une fraction de seconde où il resta figé. Les voix s’intensifièrent dans sa tête. Il ne voulait pas les entendre. Non, elle ne voulait pas l’effrayer dans le but de le déstabiliser pour lui faire du mal. Non.

Il les chassa d’un geste de l’esprit et ouvrit grand les bras. Sa sœur y bondit et vint se blottir contre son épaule, alors qu’il lui baisait le front, comme lorsqu’ils étaient jeunes.

- Vivi! Comme je suis heureux de te voir! Tu as tellement changé… tu es magnifique!

Il la prit par les avants bras et se recula pour l’admirer. Ses cheveux blonds légèrement frisottés frôlaient aujourd’hui le roux et étaient remontés sur sa nuque dans une coiffure sophistiquée, bien qu’ils devaient aujourd’hui frôler en longueur le bas de son dos. Elle ressemblait beaucoup à sa mère, du temps où elle était belle. Ses petites taches de rousseurs, qui ressortaient l’été, enjolivaient un visage fin et ensoleillé, dont le nez était petit et retroussé et les lèvres pleines, d’une jolie teinte rosée. Félix eut la bizarre impression que depuis la dernière fois qu’il l’avait vue, elle était passée d’adolescente à femme. Elle avait maintenant 16 ans, et lui 20. Elle rayonnait la jeunesse et la beauté et lui, bien que son apparence soit soignée et qu’il arbore des habits à la mode et une attitude que les jeunes amies de Ludovica avaient un jour qualifiée de « craquante », ne rayonnait pas du tout. Il émanait de lui une sorte d’énergie négative et déprimante qui le rendait froid aux yeux de beaucoup. Il n’y avait que Ludovica pour réchauffer son cœur.

Et il ne la voyait plus beaucoup, depuis les dernières années. Il avait réussi, pour son bien et parce qu’il l’aimait plus que lui-même, à la placer dans une pension reconnue, où étaient éduquées toutes les jeunes filles nobles. Il avait dû passer l’entretien avec le comité de l’établissement et faire valoir tout le potentiel de sa sœur, en minimisant les conséquences du fait d’avoir eu une famille aussi dysfonctionnelle. Elle avait réussi haut la main les examens d’entrée et en voyant à quel point elle était une jeune fille charmante et brillante, et surtout devant sa très prestigieuse ascendance et son titre de noblesse, ils avaient fini par l’accepter. Elle y passait toute l’année, à l’exception de quelques semaines de permissions dispersées ça et là au cours des saisons. Félix était venue la chercher pour qu’elle vienne passer les deux prochaines semaines au manoir. Il se doutait que cela ne l’enchantait guère; elle préférait de loin le voir lui, car il lui manquait énormément, que de devoir passer les prochains jours en compagnie de sa mère et de l’ambiance lugubre du manoir. Mais elle acceptait pour Félix, car elle savait qu’il trouvait extrêmement difficile la vie là-bas, sans elle.

Ce séjour était néanmoins très différent des autres, et ce pour deux raisons. Depuis les derniers temps, Élisabeth avait repris quelque peu contact avec la réalité. Son état, contre toute attente et grâce à la fidélité et aux bonnes prières du père Brunhes, comme elle le disait, s’était grandement amélioré. Elle n’était pas redevenue normale, non, mais disons… fonctionnelle. Et la deuxième différence venait du fait que Ludovica avait reçue une demande de fiançailles quelques semaines plus tôt, demande qu’elle avait de tout cœur acceptée. La jeune fille avait fait la connaissance, dans un dîner prestigieux où elle avait eu l’honneur d’assister plusieurs mois plus tôt, de Charles-Frédéric de Saxe-Weimar-Eisenach, fils aîné de Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach et héritier du duché. Ce jeune homme, âgé de 17 ans à peine, riche à craquer et rempli de pouvoir, de noblesse et de prestige, était tombé fou amoureux de Ludovica dès qu’il l’avait aperçue. Sa beauté, son intelligence et sa fougue l’avaient ébloui et il lui avait fait une cour soutenue pendant les derniers mois, jusqu’à lui faire la grande demande et qu’elle l’accepte. Bien entendu, l’union entre ces deux jeunes gens n’apportait pas grand chose au duché de Saxe-Weimar-Eisenach, mais personne ne voyait vraiment de reproche à faire à cette jeune fille si bien éduquée et dont les origines remontaient à la branche albertine, fille dont les ancêtres avaient été ducs de Saxe et médecins de grande renommée. Même lorsqu’il avait connu son histoire et les déboires de sa mère, Charles-Frédéric n’était jamais revenu sur sa décision. Il était fou amoureux d’elle, et vous connaissez la force des amours adolescentes…

Charles-Frédéric avait donc officiellement fait sa demande à Auguste de Saxe-Weissenfels, quelques semaines plus tôt, afin d’obtenir le droit de marier sa fille. Ludovica avait repris contact avec son père en entrant en pension à Leipzig et ils se voyaient régulièrement depuis. Même s’il restait en elle une pointe de rancune contre son père, de les avoir ainsi abandonnés quand ils étaient jeunes, elle lui avait pardonné et avait compris qu’il n’avait pas eu la force de rester près d’eux, voyant l’état d’Élisabeth se détériorer. Leur relation était bonne, maintenant et c’était avec un plaisir non feint que le docteur avait accepté de donner la main de Ludovica en mariage au futur duc de Saxe-Weimar-Eisenach, honoré qu’un homme de si haut rang ait choisi sa fille parmi toutes les conquêtes possibles.

Bref, la vie de Ludovica allait bien et la jeune fille s’épanouissait un peu plus chaque jour. Sa présence dans le manoir allait raviver le bonheur et comme l’état d’Élisabeth s’était amélioré, l’adolescente en avait profité pour inviter son fiancé à dîner avec eux à Weissenfels, pour qu’il fasse connaissance avec son frère adoré mais aussi par formalité afin qu’il connaisse sa mère. Charles-Frédéric n’avait pas hésité avant d’accepter l’invitation; rien n’était trop beau pour sa dulcinée.

Le jour du dîner était venu. Pour l’occasion, Félix avait engagé les services d’une cuisinière et de deux domestiques, afin de bien paraître aux yeux du futur duc de Saxe-Weimar-Eisenach et de faire plaisir à Ludovica. La cuisinière s’affairait maintenant aux fournaux avec l’une des domestiques, tandis que l’autre s’activait à rendre la salle à dîner présentable, en montant la table de la plus belle façon possible. Naturellement, il n’y avait plus d’argenterie, ni de candélabres, ni de vaisselle de porcelaine peinte et décorée de feuille d’or. Mais la domestique avait l’œil et elle réussissait à faire beaucoup avec peu. Félix s’était installé au piano à la demande de sa mère et de sa sœur, qui l’écoutaient avec attention et délice, chacune assise sur un canapé différent. Il fallait dire qu’avec le temps et les difficultés, mère et fille n’avaient pas vraiment développé de relation et à vrai dire, Ludovica se sentait assez mal à l’aise en présence de cette femme qui n’avait jamais pris soin d’elle et qui lui avait toujours parue comme à côté du monde. Elle peinait à croire que sa mère ait pu changer et que son état ait pu s’améliorer; elle attendait sans cesse la rechute. Les mélodies poignantes et magnifiques de Félix avaient donc également la propriété de meubler le silence gênant qui régnait entre les membres de cette petite famille peu conventionnelle.

Vers le milieu de l’après-midi, Ludovica interrompit son frère pour lui annoncer que son fiancé était sur le point d’arriver. Frère et sœur se dirigèrent vers le portail, à l’extérieur. Le soleil brillait et la chaleur de ce mois d’été était difficilement supportable, mais la fébrilité et l’excitation de Ludovica était palpable et faisait sourire Félix. Quelques minutes plus tard, la berline noir et or de Charles-Frédéric franchit le portail, tirée par deux chevaux à la robe noire et soyeuse. Il était peu dire de qualifier cette entrée de remarquée; les passants et voisins s’étaient arrêtés pour admirer les personnages certainement fort importants qui allaient descendre de la voiture. Il était si rare que le domaine ducal reçoive de la visite et encore moins une visite aussi prestigieuse. Ils ne furent pas déçus lorsque deux gentlemans descendirent, accompagnés du chauffeur qui se chargea d’amener les cheveux dans les écuries. Sans respect des convenances, Ludovica se jeta au coup du plus grand des deux hommes. Ce dernier éclata de rire et la serra à son tour dans ses bras, trop heureux de la revoir. La petite famille assista à ces retrouvailles avec joie et contentement. C’était un heureux dénouement pour une jeune fille qui le méritait tant.

Le dîner se déroula sans anicroche, bien que Charles-Frédéric, Ludovica et l’accompagnateur du futur duc, Friedrich, étaient les seuls à alimenter la conversation. Élisabeth était plutôt renfermée sur elle-même et ne parlait pas, même si cet état précis représentait en fin de compte une certaine amélioration face à ses comportements antérieurs. Félix, lui, se contentait d’écouter la conversation, se tenant un peu en retrait. Il souriait abondamment et répondait aux questions ou aux requêtes d’affirmations de sa sœur, mais sans rien ajouter. Le vin coulait à flot et les joues des deux fiancés rougissaient, de plaisir, d’amour et d’alcool. Peut-être avait-ce été l’effet de ce dernier, lorsque Charles-Frédéric posa une lourde main sur la cuisse de sa fiancée. Leurs chaises étant assez éloignées, l’angle de son bras ne laissait aucun doute sur l’endroit où sa main avait atterri. Se rendant soudainement compte de son geste, et suite au regard de Ludovica, il l’avait aussitôt retirée… mais Élisabeth avait levé les yeux au mauvais moment. Elle avait vu le geste. Avait vu le regard. Avait vu l’échange de pensées lubriques entre les deux jeunes amoureux. Et quelque chose s’était passé en elle. Elle avait doucement murmuré :

- Je sais.

Et elle s’était levée pour quitter la pièce, sans un mot.

Les autres avaient été très mal à l’aise de cette situation, mais ils choisirent de n’en pas tenir compte. Lorsque le dîner se termina, les jeunes continuèrent la soirée à écouter Félix qui s’était installé au piano et à apprécier la voix de Ludovica qui fit la lecture. Tard dans la soirée, Charles-Frédéric et Friedrich quittèrent le manoir et Félix et sa sœur montèrent se coucher. Le jeune homme eut le réflexe d’attendre la venue de sa sœur jusqu’au beau milieu de la nuit, mais celle-ci ne vint pas.

Le lendemain matin, Félix s’était levé très tôt pour aller chercher de quoi déjeuner au village. Sur le chemin du retour, qu’il parcourait à pied, une sorte de mauvais pressentiment le tenaillait. Il ne cessait de se retourner, persuadé qu’on le suivait. Quelqu’un lui voulait du mal… il le savait, au plus profond de son âme. Quelqu’un l’observait constamment.

Il rentra au manoir, étonné de ne pas trouver sa mère et sa sœur déjà au salon, vu l’heure qu’il était. En ces mois d’été, le soleil se levait très tôt et il était rare que Ludovica traînasse au lit, surtout quand le soleil était levé depuis plusieurs heures. Félix se dit qu’elle avait dû s’endormir tard, vu l’heure à laquelle son fiancé était parti. Si ça se trouvait, elle avait passé la nuit à rêvasser de lui. Après tout, elle était en vacances et méritait bien un peu de repos!

Néanmoins, après avoir laissé passer une heure, il décida de monter à sa chambre pour la réveiller. Il frappa doucement à la porte. Aucun son ne lui répondit. Curieux, comprenant qu’elle avait le sommeil très profond, il ouvrit tout de même la porte. Ce qu’il vit le sidéra. Ludovica était effectivement encore au lit, mais le plus étonnant, c’était qu’Élisabeth dormait avec elle. Jamais il n’aurait cru possible un tel rapprochement entre ces deux-là… Avaient-elles discuté toute la nuit? Avaient-elles tenté de rattraper le temps perdu? Très étonné mais également un peu attendri, Félix resta sur le pas de la porte un instant. Puis, il s’approcha des deux femmes. Élisabeth ne dormait pas. À l’approche de son fils, elle se leva et alla choir à ses pieds.

Félix mit du temps à comprendre la situation. C’était comme si les mécanismes de sa pensée fonctionnaient soudainement au ralenti, par peur de bien comprendre. Ainsi, il ne réalisa pas tout de suite que la robe de nuit de sa mère ainsi que ses mains et son visage étaient tachés de rouge. Et il mit encore plus de temps à comprendre qu’il s’agissait de sang. Tranquillement, les liens se faisaient dans son cerveau…

- Gaaabriel… chuchota Élisabeth. Je l’ai fait pour vous… Je nous ai sauvés… Sauvés… Tous…

Elle sanglotait. Elle pleurait, tout en souriant… elle pleurait de joie. Elle le regardait, avec ses yeux remplis d’admiration, de larmes et d’extase.

- Enfin… Il est parti… Le démon est parti. J’ai chassé le péché.

C’est là que Félix comprit. Le sang sur les vêtements de sa mère n’était pas le sien. C’était celui de…

- VIVI!! S’écria-t-il, soudainement pris de panique, le cœur battant la chamade et le corps parcourus
de tremblements.

Il s’approcha du lit de sa sœur et souleva les couvertures, pour apercevoir le spectacle le plus terrifiant qu’il ne verrait jamais. Elle avait été poignardée, sans relâche, si souvent que son corps était meurtri à tous les endroits possibles. Le sang recouvrait les draps de satin dans une odeur de fer glauque et nauséabonde. Toute la beauté de cette jeune femme, de son trésor, de celle pour qui il vivait et qu’il aimait plus que lui-même, toute la joie, l’amour, le bonheur s’étaient envolés par les entailles laissées sur sa peau. Élisabeth avait repris la vie qu’elle avait donnée 16 ans plus tôt. Ludovica était morte. Morte. Morte. Morte…

Il y eut une cassure.

Le silence s’était fait abruptement, alors que le temps s’était arrêté quelques secondes. On aurait pu imaginer entendre le bruit d’une brindille qui se rompt quand quelque chose se brisa en Félix. Il n’y eut plus de réalité. Il n’y eut que des voix. Des voix furieuses, des voix qui le sommaient d’agir, des voix méprisantes et blasphématoires qui hurlaient injures par dessus insultes. Il n’y eut plus qu’un flot d’ombres et de lumières, une sensation permanente de vertige, l’impression de chuter dans le vide.

Félix se coucha sur le corps de sa sœur. S’imbiba de son sang, Respira l’odeur de ses cheveux. Et il hurla. Il hurla si fort, si longtemps, qu’il eut l’impression d’en mourir.

Élisabeth était toujours par terre, mais elle ne pleurait plus. Elle se leva pour s’approcher de son fils. Elle se coucha près de lui, dans le lit ensanglanté, et le serra dans ses bras alors qu’il hurlait la mort de sa sœur.

- Cesse de t’en faire, mon chéri… Elle est belle, elle est endormie. C’est un ange, notre fille, c’est un ange… Comme elle est belle… Elle a tant souffert… Le démon l’a enfin libérée. Elle dort.

Félix se leva, doucement cette fois. Il avait cessé de hurler, mais la réalité n’était pas revenue. Il prit le temps de contourner le lit et de s’en rapprocher. Sans émotion apparente, il empoigna Élisabeth par la taille et, de toute sa force et de toute l’intensité de sa douleur, il la projeta violemment contre un grand miroir fixé à un mur. Le miroir éclata en mille miettes, tandis qu’Élisabeth de Saxe-Weissenfels s’échouait sur le planché, recouverte du sang de sa fille et du sien, dans un dégât de lumière.

***

Je crois que j’ai toujours su que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Ce jour-là, j’ai compris. J’ai compris que la folie de ma mère, je la portais en moi aussi. Et ce jour-là, tout s’est effondré autour de moi. Je n’ai que peu de souvenirs des trois années qui on suivi. Les souvenirs que j’ai ne font pas partie de la réalité, et l’on m’a appris à les taire. De toute façon, ils n’ont rien de bien agréable. Quoi que la réalité non plus. J’ai passé plusieurs mois attaché de sangles à un lit perforé par les ressorts. On m’a souvent plongé dans des bains d’eau glacée, on m’a souvent drogué à l’opium. J’ai perdu ces trois années de ma vie dans un brouillard froid et insensé… mais j’en suis ressorti. Je suis né à nouveau il y a trois ans, quand j’ai émergé de cette psychose dans laquelle j’étais plongé depuis tout ce temps. Les gardiens et le psychiatre n’ont pas compris… Ils disent que les fous comme moi le restent toute leur vie. Mais moi, j’en suis sorti. Je fais la différence, maintenant. Je sais ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas… ce qui ne m’empêche pas d’entendre et de voir constamment ce que les autres ne voient pas.

Ils on cru pendant des années que je replongerais dans ma folie… Mais j’ai lutté. Je suis un homme intelligent, brillant même. Je suis plus fort que la folie. Ils m’ont relâché, six ans après le meurtre de ma sœur et mon internement dans un asile de fous.

Ma mère est morte. Elle est morte parce que je suis parti et qu’elle est restée seule. Je me plais à croire que je l’ai tuée de mes propres mains. Mais c’est faux. Elle est morte en 1802.

Et je suis parti… parce que je n’avais plus rien. Plus rien que les voix qui m’accompagnent. Mais elles sont moins violentes qu’autrefois. Elles me tiennent compagnie. Le duc de Saxe-Weimar-Eisenach a épousé une autre femme en 1804. Et ce fut comme si Ludovica avait cessé d’exister pour tout le monde. Elle me manque encore. J’aimerais entendre sa voix à elle, au lieu d’entendre constamment la voix de ma mère. La voix du diable.

N’ayant plus rien pour moi en Saxe, je suis parti pour la France en quête de quelqu’un qui pourrait m’aider à me sentir mieux. On dit que les grands esprits s’y trouvent.


Dernière édition par Félix de Saxe-Weissenfels le Jeu 4 Nov - 10:15, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Félix de Saxe-Weissenfels [Terminé]   Jeu 4 Nov - 3:08

«T’es beau parce que t’es courageux »
Si, parmi une dizaine de garçons, l’on demandait à une femme de choisir l’homme le plus beau, Félix ne serait certainement pas celui qu’elle nommerait. Tout simplement parce qu’en réalité, au premier regard, le jeune homme passe pratiquement inaperçu. Il semble ordinaire, comme les autres, portant les vêtements à la mode, coiffé au goût du jour… mais lorsque l’on prend le temps de le regarder, l’on plonge dans un regard bleu acier qui semble submerger par sa profondeur et sa froidure. On remarque également la finesse de ses traits, passant par son nez droit et pointu pour descendre jusqu’à ses lèvres pleines. Si Félix peut avoir un visage doux et calme, l’intensité de son regard durcit considérablement son apparence. Il est rare de le voir franchement sourire ; la plupart des rictus que forment ses lèvres sont moqueurs, méprisants ou inappropriés. Bien qu’il ne se soucie pas vraiment de ce que la population en général pense d’elle, il est très au fait des impressions qu’il suscite… Son regard parfois torturé, d’autre fois terrifié et assez souvent hautain et critique, de même que son attitude renfermée qui contraste avec ses chapeaux haut-de-forme et ses habits dandy sèment chez les autres un trouble ; une sorte de mystère à résoudre. Il est rare, tout du moins, qu’il obtienne d’eux la sympathie… Son apparence déclenche plus souvent des chuchotements indiscrets. Soit, Félix n’a que faire de la sympathie. Du haut de son mètre 80, bien qu’il soit considéré comme assez maigre, rien ne semble l’atteindre et personne n’ose vraiment le défier. Il faut dire qu’il émane du jeune saxon une grâce et une force tranquille qui en fait reculer plus d’un et ce, en fin de compte, bien malgré lui et sans qu’il en soit véritablement conscient.

« Et là, c’était la frime »
Il est difficile de cerner véritablement la personnalité du jeune de Saxe-Weissenfels. Pourquoi ? Parce qu’elle est constituée de contrastes et de pôles. Généralement, les qualités d’une personne se trouvent à un point en particulier sur le continuum des traits de la personnalité. Une personne n’est ni très gentille, ni très méchante, mais probablement quelque part entre les deux. Félix, lui, peut se trouver autant à une extrémité qu’à l’autre... mais jamais au milieu. Pour lui, tout est extrême ; il n’existe pas d’entre-deux.

S’il est difficile de cerner la personnalité de Félix, ce n’est pas seulement pour cette raison. En réalité, le jeune homme n’est pas du tout sain d’esprit, comme on aura pu le comprendre… Souvent dans son monde, renfermé, il évite les contacts sociaux et a tendance à croire que le monde entier lui veut du mal ; il est sujet à des hallucinations et des délires paranoïaques… Néanmoins, Félix est extrêmement intelligent, brillant même, et incroyablement créatif. C’est au plus fort de ses délires qu’il s’installe au piano et compose ses pièces les plus majestueuses et les plus renversantes. Mais lorsque ceux-ci s’atténuent, le jeune homme devient très au fait de son anormalité. L’intelligence reprend le dessus. Il sait qu’il n’est pas sain et avec le temps, il a fini par savoir faire la différence entre ses hallucinations et la réalité. Ses délires l’envahissent encore, parfois, mais il sait s’isoler et ne le montrer à personne.

Mais revenons à la complexité des extrêmes, à ses traits contradictoires et à la personnalité profonde de Félix.

C’est en quelque sorte comme si deux personnalités cohabitaient en un même homme. Froid, distant, introverti, asocial et insensible aux émotions humaines, la « première personnalité » fait de Félix un homme très peu agréable à côtoyer. Plus jeune, cette personnalité n’existait pas vraiment en lui. Ces attitudes sont nées à la suite du meurtre de sa sœur et de son internement dans un asile de fous ; c’est une sorte de protection inadaptée contre le mal… En agissant comme un asocial, comme un homme dont on ne cherche pas la compagnie, il évite les prochaines blessures et surtout, il évite le jugement des autres et de ceux qui pourraient encore croire qu’il est fou à lier. Bien entendu, cette protection est inconsciente.

L’autre personnalité, elle, située à l’inverse, est passionnée, fougueuse, drôle, romantique et intense. C’est la véritable personnalité de Félix, celle qui est dissimulée au plus profond de lui-même. Mais ces traits, on ne les voit plus vraiment. Ils ne ressortent que très rarement, ou alors ils ressortent, mais teintés de la négativité qui l’habite maintenant. S’il est passionné, il sera violent ; s’il est drôle, il sera méprisant… Il ne reste presque plus rien de l’enfant joyeux et plein de vie qu’il était autrefois. Aujourd’hui triste, renfermé, torturé et sans cesse coincé entre ses propres extrêmes, Félix a du mal à se donner une identité propre. Ses tendances extrêmes et sa folie, qui ne se seraient peut-être pas révélées sans les épreuves qu’il a traversées, ont maintenant pris le dessus sur sa personnalité. Mais il n’est pas une cause perdue, comme le prouve sa capacité à reprendre le dessus sur ses propres démons et sa remise en « liberté » de l’asile. Quand on cherche à le connaître, on sait que si on râpe suffisamment, quelque part au fond de lui se cache un homme qui, vous vous en doutez, est l’exact contraire de celui que l’on voit à la surface.

« Affalé, j’oublie »
Bien sûr, Félix rêve constamment que sa vie ait pu être autrement. Si sa mère n'avait pas été folle... S'il avait été présent pour sa soeur, le soir de son assassinat. S'il s'était demandé la raison pour laquelle Ludovica n'était pas venue le retrouver pendant la nuit, comme elle avait l'habitude de le faire... S'il n'avait pas hérité de la même folie que sa mère, et s'il n'avait pas passé toutes ces dernières années dans un asile de fou. Bien sûr, que Félix a des regrets. Mais à quoi bon? La vie est ce qu'elle est. Ludovica est morte et il n'est pas possible de la ramener à la vie...
En réalité, il n'y a qu'une seule chose que Félix regrette vraiment, et c'est d'entendre constamment la voix de sa défunte mère, au lieu de la douce, agréable et si bienfaitrice voix de sa chère et adorée Ludovica...

Les tuileries vous attendent, aurez-vous le courage de vous y rendre?

« Gentil garçon ou coureur de jupons?»
Sans être un gentil garçon, Félix n’est quand même pas un coureur de jupons. En fait, cette distinction ne fait pas réellement partie de ses choix… En réalité, Félix n’a jamais connu une femme de sa vie ; intimement parlant. Ni amoureusement, d’ailleurs. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas quelque chose qu’il aspire à découvrir d’ici peu… L’intimité lui semble inaccessible, sans pourtant être impossible. D’ailleurs, avec le côté sombre de sa personnalité qui s’est emparé de lui ces dernières années, il aurait bien trop peur de faire du mal à une femme qui se rapprocherait de lui ; qu’elle ne le comprenne pas, qu’elle ait peur de lui ou pire, qu’il soit blessant ou violent avec elle. Toutes ces pulsions sont inconnues et inhibées pour lui et de ce fait, elles sont menaçantes.

« Royaume ou Empire? »
La période du Premier Empire français est, bien entendu, politiquement fascinante… mais tous ne s’en soucient pas nécessairement. La politique, l’État, les guerres napoléoniennes et le rayonnement de la France sont très, très loin des considérations du jeune Saxon. Bien entendu, il sait qui est Napoléon et de quelle façon il est devenu l’Empereur des français, en plus d’être au fait de la Révolution Française comme à peu près tout européen du 19e siècle. Mais il n’a pas particulièrement d’opinion à ce sujet. Néanmoins, il sait que la Saxe est restée plutôt neutre durant les dernières années face à la Révolution et à l’Empire et que dernièrement, Napoléon a quand même décidé d’élever l’électeur Frédéric-Auguste au titre de roi de Saxe… Cela donne donc à Félix la possibilité de se rendre à Paris, puisque faisant partie d’un futur Royaume fidèle à l’Empire français. Quand on lui demande ce qu’il pense de l’Aigle, le jeune saxon hausse les épaules.

« Ordre de Saint-Louis ou Légion d’Honneur? »
Félix n’a pas d’allégeance, ni à l’un, ni à l’autre. Il n’a même pas d’opinion au sujet de la Monarchie ou de l’Empire. Peu lui importe ; en fin de compte, Napoléon n’est que le nouveau roi de la France… cela ne devrait-il pas contenter les royalistes ? Et n’est-il pas logique que le pouvoir aille au plus fort ? Napoléon, en tant que génie militaire et chef d’état absolutiste, est fort. Alors ou est le problème ? À la limite, il lui arrive de trouver tous ces conflits plutôt inutiles et même stupides. Il est loin d’un esprit de révolte.
Malheureusement pour lui, malgré son incroyable indifférence envers toute cette politique, Félix a souvent la malchance de fréquenter les mauvaises personnes. Son apparence mystérieuse et bizarre attire l’œil des soupçonneux et, dans sa recherche de personnes pouvant l’aider à dominer sa folie, il lui arrive de traîner dans des lieux obscures ou de faire affaire à des gens qui eux, sont plutôt impliqués… Bien contre son gré et son attente, il sera ainsi souvent pris pour un comploteur ou un espion et il risque d’avoir bien du mal à se défendre.


Pardonnez-moi, je n’ai pas bien saisi.

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MessageSujet: Re: Félix de Saxe-Weissenfels [Terminé]   Ven 5 Nov - 8:25

Cher monsieur de Saxe-Weissenfels,

il me fait plaisir de vous souhaiter la bienvenue à notre cour. Nous ne doutons point que vous trouverez Paris fascinante. Votre personnalité noire et intriguante vous permettera certainement de trouver quelque jeune demoiselle pour vous faire visiter les Tuileries. Les jeunes garçons ne font pas légion en ce moment. Votre évident talent d'écriture et votre passé tumulteux font de vous une personne digne de pénétrer dans ma cour.
Au plaisir de vous voir prochainement,
Napoléon.

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MessageSujet: Re: Félix de Saxe-Weissenfels [Terminé]   

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